Le président turc, Recep Tayyip Erdogan va-t-il réellement quitter la vie politique ? C’est en tout cas ce qu’il a annoncé. Mais faut-il y voir un tournant pour la Turquie, ou encore un tour de passe-passe ?
C’est la dernière facétie de Recep Tayyip Erdogan. A 70 ans, le président turc a décidé d’annoncer que les élections municipales du 31 mars prochain seront ses dernières élections – mais attention, il lui reste encore quatre années de mandat présidentiel à effectuer. Erdogan avait déjà promis qu’il ne se représenterait pas à la prochaine présidentielle, en 2028, mais il a plus d’un tour dans son sac.
Il y a des raisons éminemment politiques à cette décision subite. La première est que le scrutin municipal est décisif. Car le parti présidentiel AKP, d’obédience islamiste, espère laver l’affront qui lui a été fait lors des dernières municipales, en 2019. Ekrem Imamoglu, issu du principal parti d’opposition, le parti kémaliste CHP, s’était fait élire maire d’Istanbul. Or la ville revêt une importance toute particulière pour Erdogan, puisqu’il a lui-même été maire de cette métropole de 1994 à 1998, avant d’être envoyé en prison pour avoir incité à la haine lors d’un de ses discours.
Ekrem Imamoglu est le ténor de l’opposition
La deuxième raison est qu’Erdogan a un besoin urgent de séduire de nouveau l’électorat islamiste de base, qui constitue son principal soutien. En mai 2023, il a réussi à se faire réélire trois mois après le tremblement de terre catastrophique de février. Mais il n’a remporté cette élection qu’à l’issue d’un deuxième tour – ce qui ne lui était jamais arrivé.
L’opposition a alors manqué d’un leader charismatique. Dans ce contexte, c’est aujourd’hui le maire kémaliste d’Istanbul qui passe pour le vrai ténor de l’opposition, malgré tous les efforts de l’AKP pour poursuivre en justice Ekrem Imamoglu.
Erdogan prend soin de la diaspora allemande
Erdogan redouble donc d’énergie. A l’intérieur du pays, il fait tout son possible pour récupérer les voix des électeurs islamistes. Certains de ses partisans lui en veulent d’avoir maintenu, malgré la guerre à Gaza, les échanges commerciaux de la Turquie avec Israël, ce qu’ils qualifient de « commerce de la honte ».
Dans un discours prononcé samedi 9 mars, Erdogan, qui a toujours été un soutien du Hamas, a donc rappelé que le mouvement palestinien ne doit pas être qualifié de « groupe terroriste » mais de « groupe de résistance ». En décembre 2023, Erdogan, qui est à la tête d’un pays génocidaire, avait même comparé Netanyahu à Hitler.
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Pour faire feu de tout bois, le président Erdogan prend aussi bien soin de la diaspora turque en Allemagne. Un mouvement nouvellement créé, le Dava, va participer aux prochaines élections européennes avec le but de rassembler le vote musulman d’Allemagne. La presse allemande a déjà trouvé un surnom : le parti d’Erdogan. A part cela, Erdogan prétend se retirer de la vie politique.
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