En Allemagne, une affaire d’espionnage place le gouvernement en fâcheuse posture face à la Russie. Le chancelier Olaf Scholz affronte en ce moment une tempête politique imprévue. Que s’est-il vraiment passé ?
La semaine dernière, une information stupéfiante a été divulguée sur les réseaux sociaux par Margarita Simonyan, la désormais célèbre rédactrice en chef de la télévision étatique russe, Russia Today. Il s’agissait d’une conversation par visioconférence entre deux officiers allemands de très haut rang, qui, sans savoir qu’ils étaient écoutés, évoquaient explicitement l’hypothèse de la livraison de missiles de fabrication allemande Taurus aux forces ukrainiennes.
Précision accablante, un des deux hauts gradés estimait qu’il faudrait entre dix et vingt missiles Taurus pour détruire le fameux pont de Kertch, qui assure la liaison entre le territoire de Krasnodar et la presqu’île de Crimée par-dessus la mer d’Azov. Hautement stratégique, cet ouvrage d’art monumental inauguré par Vladimir Poutine en personne a déjà été frappé en octobre 2022 et en juillet 2023.
Une conversation secrète piratée par les Russes
Pour finir, un des deux militaires, général et inspecteur général de la Luftwaffe, se demandait pourquoi le chancelier Scholz restait bloqué quant à la livraison de ces missiles Taurus à l’Ukraine. On imagine l’embarras extrême du chancelier.
Cette conversation secrète a été piratée par les services russes, qui ont ainsi démontré qu’ils pouvaient entrer à leur guise dans le système de communication par visioconférence allemand le plus confidentiel, sachant qu’un des deux officiers se trouvait à Singapour. Comme l’a dit Olaf Scholz lui-même, c’est une nouvelle très grave.
Des informations militaires sensibles divulguées
Mais il y a encore plus grave. Dans la même conversation, les deux hauts gradés allemands se sont permis de donner des détails sur les livraisons et l’emploi des missiles franco-britannique de longue portée Scalp, baptisé « Storm Shadow » dans sa version anglaise. Ces missiles sont fournis à l’Ukraine depuis l’an dernier par la France et le Royaume-Uni.
Or, à ce sujet, Monsieur Scholz s’était déjà fait remarquer par une petite phrase vipérine prononcée le lundi 26 février : « Ce qui est fait en terme de ciblage et d’accompagnement du ciblage de la part des Britanniques et des Français ne peut pas être fait en Allemagne ». Autant dire que le Royaume-Uni et la France sont en situation d’« implication directe » dans le conflit en Ukraine.
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Colère à Londres, stupéfaction à Paris, frottement de mains à Moscou. C’est par ces mots qu’Olaf Scholz a refusé d’envoyer des missiles Taurus en Ukraine, mais c’est aussi ainsi qu’il a divulgué des informations militaires sensibles et « balancé » les Britanniques et les Français – ce qui a tout pour plaire aux Russes. Le chancelier allemand a donné à Moscou le bâton pour se faire battre et Vladimir Poutine ne risquait pas de laisser passer cette occasion.
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