Haïti : Qui est « Barbecue », l’ancien policier devenu chef de gang qui menace le pays d’une guerre civile ?

Joseph Odelyn/AP/SIPA

En Haïti, l’un des pays les plus pauvres du monde, le chaos est total. L’île est en proie à la rébellion d’un chef de gang, qui dicte ses conditions politiques. Comment en est-on arrivé là ?

On le surnomme « Barbecue », il s’appelle de son vrai nom Jimmy Chérizier. Profession : chef de gang. Etats de service : 46 ans, ancien policier, licencié de la police pour avoir procédé à des exécutions sommaires de civils et fédérateur de neuf gangs de criminels depuis juin 2020, ce qui lui a donné la main sur un syndicat du crime baptisé « la famille G9 ». Bref, il est l’homme le plus puissant d’Haïti.

Depuis une semaine, « la famille G9 » a pris le contrôle de secteurs entiers du pays. Si son chef se nomme Barbecue, c’est autant en raison de sa profession initiale de vendeur de grillades que des incendies qu’il provoque et dans lesquels périssent de nombreuses victimes, brûlées vives. Il dispose d’une véritable force armée de plusieurs milliers d’hommes. Depuis 2022, Barbecue fait l’objet de sanctions individuelles de la part de l’ONU à cause de ses activités criminelles qui déstabilisent tout le pays.

Plusieurs milliers de détenus évadés

Il exige la démission de l’actuel Premier ministre, Ariel Henry. Profitant d’un voyage à l’étranger de ce dernier, la « famille G9 » s’est attaquée à différents points stratégiques, notamment les prisons, d’où se sont évadés plusieurs milliers de détenus, pour ajouter au chaos général. Mardi 5 mars, Barbecue a menacé tout le pays d’une guerre civile sanglante si Ariel Henry restait au pouvoir.

Car l’originalité de Barbecue est de mêler l’intention criminelle et les liens politiques. Pour constituer son syndicat du crime, il a bénéficié du soutien matériel, logistique et financier de hauts fonctionnaires sous le mandat du président Jovenel Moïse, au pouvoir de 2017 à 2021. Barbecue a rendu des services, notamment plusieurs assassinats ciblés qui arrangeaient certains dirigeants politiques.

Les élections reportées

Jovenel Moïse, pro-américain plutôt bien intentionné au départ, a rapidement déçu et s’est retrouvé fortement contesté. Il s’est alors livré à une répression sanglante qui lui a valu de finir assassiné. Son remplaçant, l’actuel Premier ministre Ariel Henry, ne devait assurer qu’un intérim, or il se maintient illégalement au pouvoir en reportant la date des élections.

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Jimmy Chérizier veut se faire passer pour un révolutionnaire et pour le défenseur de la population d’Haïti : « Mon objectif est d’éliminer, d’arrêter les politiciens corrompus », déclare-t-il, assurant vouloir mettre fin à l’insécurité à Haïti. Si Barbecue parle d’insécurité, c’est parce qu’il n’est en réalité que le versant le plus criminel d’un combat sanglant entre factions rivales de l’oligarchie d’un pays, Haïti, premier état noir de l’Histoire depuis 1804 qui n’a plus du tout d’état.

Christian Makarian

 

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