Le conflit israélo-palestinien « éveille des passions extrêmes », pour la rabbin Delphine Horvilleur

Eric Dessons/JDD/SIPA

La rabbin Delphine Horvilleur publie un livre intitulé Comment ça va pas ? Conversations après le 7 octobre (Grasset). Au micro de David Abiker sur Radio Classique, elle en explique la genèse et revient sur son travail de rabbin dans dans les mois qui ont suivi l’attaque du Hamas et la guerre à Gaza.

Face à l’« actualité terrible » du regain de violence dans le conflit israélo-palestinien « et ses répercussions un peu partout », Delphine Horvilleur se sent « comme beaucoup de gens, très déstabilisée ». Dans son livre, elle a choisi de mettre en scène des conversations imaginaires avec plusieurs personnes, pour beaucoup issues des « générations passées », dont ses grands-parents disparus de longue date et même Claude François. Elle dit « puiser des sagesses » dans ses chansons.

« Après le 7 octobre, je ne savais plus à qui parler », confie-t-elle. Elle explique avoir eu « un sentiment de conversation interrompue » et « l’impression que les mots sonnaient faux ». D’abord les siens, indique celle qui avoue n’avoir pendant quelques temps « pas eu les mots pour parler à [ses] enfants ». Mais aussi ceux des autres qu’elle accuse d’avoir voulu « contextualiser, justifier et comprendre l’horreur de ce qui venait de se passer ».

« Mon propre désespoir m’empêchait d’accompagner les autres »

« Faute de conversations avec d’autres, il y avait des milliers de conversations dans ma tête qui s’infiltraient », analyse Delphine Horvilleur. Dans Comment ça va pas ?, elle choisit de faire parler ses grands-parents lorsqu’elle réalise que « leur traumatisme, celui de la guerre », qu’elle considère comme son héritage, « prenait une place considérable dans [son] imaginaire ».

La question de la mort occupe une place importante dans son travail de rabbin. Dernièrement, elle y est devenue centrale. Bouleversée personnellement, Delphine Horvilleur a eu le sentiment d’avoir « du mal à remplir cette fonction ». « J’ai eu l’impression que mon propre désespoir m’empêchait un peu d’accompagner les autres », avoue-t-elle.

Israël a « besoin d’une critique »

Pour la cheffe religieuse, le conflit israélo-palestinien, « ingérable et terrible », « éveille des passions extrêmes ». Elle considère qu’il « suscite des fantômes de l’Histoire avec un grand H » comme « aucun autre conflit au monde » ne peut le faire.

« Je crains que ce qu’on est en train de vivre suscite sur des générations encore des haines ingérables », ajoute-t-elle, estimant qu’il faudrait « se tenir à distance de toutes celles et ceux qui voudraient décrire ce conflit comme si c’était un western ou un match de foot ».

A lire aussi

 

Pour Delphine Horvilleur, l’Etat d’Israël a aujourd’hui en tout cas « besoin d’une critique ». « Et c’est précisément par amour de ce pays, par attachement à ce pays et par connaissance de ce pays et de son histoire que j’exprime une critique », conclut-elle.

Ella Couet

Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale