Rébellion de Wagner : « Les Américains ont raison de se montrer prudents » estime Hubert Védrine

EPN/Newscom/SIPA

Deux jours après la rébellion avortée d’Evgueni Prigojine, patron du groupe paramilitaire Wagner, Vladimir Poutine s’est adressé à la nation lundi soir. Un épisode qui pourrait constituer un tournant dans le conflit ukrainien selon Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et invité de Radio Classique.

Si l’épopée vers la ville de Moscou du groupe Wagner a finalement échoué ce samedi, elle a tout de même illustré une certaine défectuosité des forces armées russes et de l’autorité de Vladimir Poutine.

« La seule chose qui nous intéresse dans cet événement est de savoir quelles seront les conséquences sur la guerre en Ukraine », résume Hubert Védrine. En quelques heures seulement, les combattants du groupe Wagner sont parvenus à prendre Rostov-sur-le-Don et Voronej sans résistance. Une situation qui pourrait donner des idées aux alliés ukrainiens.

L’incertitude règne en Russie après la mutinerie de Wagner

Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac, fort de son expérience diplomatique, la mutinerie de Wagner semble avoir été trop courte pour permettre aux Ukrainiens de l’exploiter : « On n’est pas sûr de l’impact sur la capacité russe à pouvoir tenir tête à la contre-offensive ukrainienne ».

Depuis quelques jours, la contre-offensive menée dans l’est de l’Ukraine peine à avancer face à une résistance russe tenace. « On était plutôt dans un scénario d’enlisement », rappelle-t-il. Même si les Occidentaux en rêvaient, cette défection « n’a pas conduit à un putsch » et les « Américains continuent d’être extrêmement prudents ».

Mais, l’exil forcé d’Evgueni Prigojine en Biélorussie « pourrait tout de même affaiblir l’état-major russe ». Considérés comme expérimentés et aguerris, les combattants de Wagner, « représentant 10% des effectifs », risquent de cruellement manquer aux forces armées russes, dont les pertes sont estimées à 200.000 morts depuis le début du conflit.

L’Europe est devenue dépendante de l’OTAN en matière de sécurité

Craignant la prochaine élection présidentielle américaine, les Ukrainiens sont « pressés par le temps ». En effet, le soutien indéfectible apporté par les Etats-Unis – qui préparent une nouvelle aide militaire de 500 millions de dollars – pourrait se conjuguer à une « confrontation directe et fatale sur le terrain ».

Une attitude qui tranche avec celle des Européens, dont le système de défense est mis à mal depuis le début du conflit, selon Hubert Védrine. En particulier du « couple franco-allemand qui ne fonctionne plus ». Le conflit déclenché par Vladimir Poutine a révélé la vulnérabilité de toute une partie de l’Europe qui n’a pas eu de « politique spéciale en Ukraine depuis son indépendance ».

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L’OTAN, « contestée en France », a assuré la sécurité des frontières européennes avec beaucoup d’efficacité. Surtout, elle a montré sa crédibilité sur le flanc Est de l’Europe. Mais la situation actuelle pourrait bien être la conséquence « de complaisances à l’égard de Poutine dans les années 1990 », rappelle Guillaume Durand. Même si la « Russie ne sera jamais une gentille démocratie chrétienne » car son histoire est particulière, le message de Prigojine « a été entendu par une grande partie de la population russe ».

Oscar Korbosli

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