En Pologne, Donald Tusk revient au pouvoir : Un antidote aux populismes pro-russe ?

Piotr Molecki/East News/SIPA

Donald Tusk a prêté serment hier à Varsovie pour un nouveau mandat de Premier ministre. Il ouvre ainsi un chapitre de cohabitation avec le président Andrzej Duda, qui appartient lui à l’ultra-droite. Le changement de pouvoir en Pologne pourrait-il avoir des conséquences à l’échelle européenne ?

Avec ses 38 millions d’habitants, la Pologne est un grand pays parmi les petits. Depuis son entrée dans l’Union européenne en 2004, elle est passée du 9ème au 6ème PIB de l’Union européenne, devant la Belgique, l’Autriche et la Suède.

La patrie de Chopin a su fortement encourager les investissements étrangers sur son sol. Avec ses coûts salariaux plus bas qu’à l’ouest, elle est intégrée à l’économie allemande puisque 29 % des exportations polonaises vont vers la République Fédérale ; bref, on peut parler d’une sorte de miracle économique polonais.

Une priorité, la restauration de l’Etat de droit

Il y a tout de même une ombre au tableau, qui réside dans les choix politiques de ce pays. Le parti populiste du PiS est resté huit ans au pouvoir et a pris plusieurs mesures attentatoires aux libertés publiques qui ont été sanctionnées par Bruxelles. Cela a valu à Varsovie d’être temporairement privée d’une partie substantielle des fonds de l’Union européenne.

Cette politique à couteaux tirés est justement ce qui vient de changer avec l’accession au poste de Premier ministre de Donald Tusk. Il s’agit d’ailleurs d’une fonction qu’il a déjà exercée de 2007 à 2014 : une expérience qui va lui être très utile. Car, sans surprise, il a fait de la restauration de l’Etat de droit et de la réconciliation avec les institutions européennes ses deux priorités.

Il compte atteindre ces objectifs à travers des mesures fortes : restauration de l’ordre juridique indépendant, renforcement des droits des femmes, dépolitisation de l’école, etc.

L’accession au pouvoir de Donald Tusk montre que la montée de l’extrême droite n’est pas une fatalité

Cela dit, Donald Tusk aura fort à faire. D’une part, le PiS, le parti populiste de droite, a obtenu 35,8 % des voix lors des dernières législatives, ce qui fait encore de lui le premier parti de la Diète, le Parlement polonais. D’autre part, Donald Tusk est soutenu par une coalition dont il faudra satisfaire chacune des trois composantes. Enfin, l’élection présidentielle, qui aura lieu en 2025, constitue un rendez-vous important pour finir d’affirmer la démocratie polonaise.

Avec l’accession au poste de Premier ministre de Donald Tusk, la Pologne fait retentir dans toute l’Europe une leçon importante : non seulement la montée de l’extrême-droite n’est pas une fatalité, mais elle peut aussi être subitement inversée.

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Donald Tusk s’érige soudainement comme un antidote aux populismes pro-russe de ses deux voisins, le Hongrois Viktor Orban, et le Premier ministre slovaque Robert Fico. Mais cela a maintenant un prix : la Pologne, pays le plus proche et le plus concerné par le sort de l’Ukraine, va œuvrer de toutes ses forces en faveur d’une aide européenne accrue à Kiev.

Christian Makarian

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