Ariane 6 : le PDG du CNES plaide pour la création d’une station spatiale européenne privée

Bill Ingalls/UPI/Shutterstock/SIPA

La fusée Ariane 6 de l’Agence spatiale européenne passe ce jeudi un test longue durée crucial : son moteur sera allumé durant 8 minutes. C’est l’une des dernières étapes du processus qui doit mener au vol inaugural de la fusée prévu en 2024. Selon Philippe Baptiste, PDG du CNES (Centre national d’études spatiales), il est fondamental que « l’Europe serre les rangs et investisse » dans le spatial. 

Si l’Agence spatiale européenne et les industriels ont longtemps répété qu’un vol inaugural d’Ariane 6 fin 2023 était toujours possible, les retards pris au cours de la dernière campagne d’essais ont contraint à annoncer son report à 2024. Le nouveau lanceur lourd européen est tout de même arrivé « au bout du développement » selon Philippe Baptiste, PDG du CNES.

L’ingénieur préfère tout de même rester prudent : « on n’est jamais sûr de rien dans le spatial, c’est tout le charme de ce domaine » sourit ce dernier. Selon lui, 2024 devrait être la bonne année mais le retard accumulé depuis plusieurs mois ne le surprend pas particulièrement.

Au-delà de « problèmes industriels » qu’il déplore, liés à la « manière dont le programme a été enclenché », il existe de nombreux « problèmes techniques » qui sont « normaux » étant donné la complexité des objets manipulés.

Explosion de la fusée Starship : « un échec et un progrès » à la fois

De l’autre côté de l’Atlantique, la fusée Starship de l’entreprise Space X détenue par le milliardaire Elon Musk a connu un essai en demi-teinte la semaine dernière. Les moteurs ont fonctionné et Starship est parvenue à quitter le sol, mais elle a explosé en entrant dans l’atmosphère.

Pour Philippe Baptiste, il s’agit à la fois « d’un échec et d’un progrès ». Si le calendrier d’un retour d’astronautes américains de la NASA sur la Lune en 2025 est « ambitieux », l’ingénieur tient à rappeler que ce projet « peut changer l’économie du spatial ». La capacité d’emport de la fusée Starship est en effet cinq fois supérieure à celle d’Ariane 6.

Vers une autonomie accrue de l’Union européenne dans le spatial

Si l’Europe ne participe pas au programme de la NASA comme chef de file, Philippe Baptiste insiste sur le fait qu’elle « réalise des morceaux fondamentaux de la course à la Lune ». Cependant, le PDG du CNES indique « ne pas être naïf ».

Le sommet sur l’Europe spatiale qui a eu lieu il y a quelques semaines à Séville a ouvert la porte à la question d’un accroissement de l’autonomie de l’Union européenne en matière d’investissements spatiaux. Il y a une « nécessaire coopération européenne » : « quand je vois le niveau d’investissement en Chine et aux Etats-Unis aujourd’hui, c’est fondamental que l’Europe serre les rangs et investisse ».

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Philippe Baptiste se montre même particulièrement ambitieux : « En Europe, on a la technologie disponible et le savoir-faire ainsi que des investisseurs, pourquoi n’arrive-t-on pas à mettre les deux ensemble pour bâtir une station spatiale européenne privée ? ».

Paul Cassedanne

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