Richard Wagner : Découvrez la vie tempétueuse du compositeur allemand à travers ses plus belles oeuvres

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Richard Wagner a puisé son inspiration dans la mythologie germanique qui le fascine. Le musicien invente même, dans ses compositions, le motif musical associé à un personnage. Ses œuvres mêlent les thèmes de l’errance, du sacrifice et de la rédemption par l’amour. Pourtant, sous cet aspect romantique, le compositeur sans-le-sou avait un sacré caractère.

Richard Wagner est synonyme d’une vie incroyable, faite de rêves grandioses, d’amours passionnées et de problèmes d’argent. Mais le compositeur n’est pas né musicien, son père était greffier de police et amateur de théâtre. Il ne le connaîtra pas. Élevé par sa mère et un acteur, Wagner est né dans le quartier juif de Leipzig le 22 mai 1813.

Il recevra d’abord une éducation littéraire malgré de fréquents déménagements dû aux engagements de sa sœur, elle-même actrice. Les grands noms qui marquent ses premières études sont donc Goethe, Shakespeare, Homère et Dante. Le jeune Richard ne se met à la musique que tardivement comparé à Bach ou Mozart. Il a 15 ans quand il compose ses premières pièces pour piano sous l’impulsion de Christian Gottlieb Müller, son professeur de musique.

À 16 ans, Wagner entreprend, à l’Université de Leipzig, des études musicales sérieuses et commence en 1831, un opéra qui ne sera pas joué de son vivant : Les Fées. 3 ans plus tard, il a 21 ans et compose La défense d’aimer inspiré par une pièce de Shakespeare.

Rienzi, l’opéra qui va changer le destin de Richard Wagner

L’opéra est un échec, mais cela n’empêche pas le musicien d’épouser une actrice qui a déjà une fille de 15 ans. Le couple vivote, rencontre des problèmes d’argent. Mme Wagner quitte le domicile conjugal puis revient. Le couple – criblé de dettes – déménage de Königsberg à Riga. Mais là encore, ils ne cessent d’accumuler les dettes. Les Wagner partent à Londres pour y échapper et prennent le bateau.

Pris dans une tempête, le compositeur à l’idée du Vaisseau fantôme. Londres ne lui porte pas chance, il atterrit à Meudon, en banlieue parisienne où il réorchestre des opéras pour d’autres musiciens.

C’est à Paris qu’il va faire une rencontre importante : celle de Franz Liszt, dont il épousera plus tard la fille. Vers la fin des années 1830, vous avez déjà un aperçu de la vie du compositeur pendant de longues années : instabilité amoureuse, bougeotte et problèmes d’argent. Il faudra attendre son 3ème opéra, Rienzi, pour venir changer le destin du musicien.

Le Vaisseau fantôme, l’œuvre qui permet à Wagner de trouver son style

Rienzi est un premier succès. Cette composition est considérée comme la dernière œuvre de jeunesse de Wagner, qui a quitté Meudon et s’est installé avec Minna, sa femme, à Dresde en 1842. Il a 27 ans et commence à trouver son style. C’est à Dresde que Wagner retrouve un semblant de stabilité et se fait une réputation de compositeur et de chef d’orchestre.

Le musicien y compose Le Vaisseau fantôme inspiré par la tempête qui a marqué son voyage vers Londres. L’œuvre contient les premières inventions du musicien : le motif musical associé à un personnage, les thèmes de l’errance, le sacrifice, la rédemption par l’amour. Bref, avec Le Vaisseau fantôme, Wagner hisse la grand-voile du génie qui va le porter.

Nous sommes en 1843. Wagner a 30 ans et les connaisseurs n’ont jamais rien entendu de pareil. Le compositeur ouvre une nouvelle page de l’histoire de la musique et il la tournera avec l’opéra Tannhäuser donné pour la première fois à Dresde, en 1845.

Franz Liszt a dirigé Lohengrin 

Si son séjour à Dresde est inspiré, il ne se limite pas à la musique et s’intéresse à la politique. Le compositeur fréquente même un certain Michail Bakounine, un anarchiste qui va poser les bases du socialisme libertaire. C’est un comble pour Wagner qui deviendra, 90 ans plus tard, la référence musicale absolue des nazis. Pour l’heure, un vent d’anarchie et de nationalisme allemand souffle sur la ville. Il pousse le génie romantique sur les barricades.

Ce début de révolution est vite réprimé, mais Wagner est fiché comme anarchiste et un mandat d’arrêt est lancé contre lui. Il doit alors prendre la fuite. Il part se réfugier en Suisse, après un détour par Paris. Il a 36 ans.

Sa femme Minna est dépressive et ne comprend rien à sa musique. Lui, a des soucis d’argent, se mêle de politique, écrit et théorise sur la musique. Mais il reste inspiré. C’est Liszt – qu’il a rencontré à Paris quelques années auparavant – qui va diriger à Weimar, Lohengrin que Wagner a terminé quelque temps avant son départ précipité pour la Suisse.

 

À Zurich, Wagner est pris d’une frénésie d’écriture. Il signe un pamphlet antisémite où il dénonce la judaïsation de l’art allemand. En clair, il abjure ses idées libérales dès qu’il s’agit des juifs et durant la même période, il précise sa conception de l’art total. Il met, noir sur blanc, une nouvelle conception de ce qu’il estime être une œuvre d’art.

Précisions que le pamphlet antisémite est en partie dirigé contre Giacomo Meyerbeer qui l’a pourtant aidé des années auparavant, et contre Felix Mendelssohn. Outre l’antisémitisme, Wagner a une tendance assez fâcheuse à cracher à la figure de ceux qui l’aiment ou l’ont aidé. C’est durant ces années suisses que Wagner entame l’œuvre de sa vie, la fameuse Tétralogie : l’Anneau du Nibelung. En 1864, le livret et la composition de L’Or du Rhin sont achevés.

Tristan et Isolde, une ode à Mathilde Wesendonck

Parlons maintenant d’un aspect peu reluisant du caractère de Richard Wagner. Il est intéressé, il a toujours besoin d’argent. D’ailleurs, il en trouve toujours chez des gens prêts à l’aider et qu’il sait parfaitement manœuvrer quand il en a besoin. Otto Wesendonck est l’un de ses riches admirateurs. Il mettra une maison à la disposition du compositeur, qui va produire le deuxième volet de sa Tétralogie : La Walkyrie.

Richard et Minna vivent chez les époux Wesendonck. Être entretenu par un ami ne suffit pas au musicien qui tombe amoureux de la femme de son mécène. Minna s’en aperçoit, c’est l’explosion d’une amitié. Elle quitte la maison et Wagner ne pense qu’à Mathilde. Il est inspiré. Il écrit Tristan et Isolde et sublime sa frustration qui devient un chef-d’œuvre.

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Nous sommes à la fin des années 1850. Wagner est malheureux en amour, créatif, mais à court de protecteur. Son ami von Otto Wesendonck – qui lui avait acheté les droits de la Tétralogie – les revend à un personnage qui va jouer un rôle déterminant dans la suite de la carrière du musicien. Fou de musique, fou de Wagner, fou tout court. Louis II de Bavière l’attend.

Le roi a entendu Tannhäuser, il a tellement aimé qu’il en fait une crise d’épilepsie. Le monarque a 18 ans. Il n’est pas très stable psychologiquement, mais esthète, fou de musique et il est riche. A tel point qu’il fait envoyer au compositeur un rubis, un portrait de lui et une invitation à venir le rejoindre à Munich pour, je cite : « l’aimer, l’aider et le servir ».

Wagner comprend qu’il a trouvé là un mécène d’envergure. Il va enfin pouvoir faire jouer sa musique dans son pays. Tristan, L’Or du Rhin, La Walkyrie et son unique comédie Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, sont enfin jouées à Munich, sous la direction d’un certain Hans von Bülow auquel il va bientôt pousser des cornes.

L’Idylle de Siegfried, un cadeau d’anniversaire pour sa femme Cosima

Hans von Bülow apprécie et comprend la musique du compositeur. Pour le remercier, Richard Wagner a une liaison avec sa femme, Cosima von Bülow qui n’est autre que la fille de Liszt. Cosima quitte son mari après une période de ménage à trois tandis qu’à la cour de Louis II, on s’inquiète des dépenses du roi, toujours plus influencé par l’univers wagnérien au point de se faire construire des châteaux inspirés par la mythologie exacerbée dans l’œuvre du compositeur. Richard Wagner a beau avoir une vie mouvementée, il compose. Il offre L’Idylle de Siegfried à Cosima pour son anniversaire le 25 décembre 1870.

 

Notre compositeur allemand compose ensuite Le Crépuscule des dieux, dernier volet de sa Tétralogie. Mais il ne s’arrête pas là. Toujours pénétré de ses théories sur l’art total, il faut au musicien un écrin pour jouer son œuvre car il a écrit la musique, le livret, pensé les costumes, revisité la mythologie germanique. Il lui faut donc un décor, un théâtre.

Tchaïkovski a assisté au premier Festival de Bayreuth

C’est à Bayreuth qu’il le construira et c’est là qu’en 1876, l’intégralité de L’Anneau du Nibelung est donnée trois fois de suite, en même temps que la création de Siegfried et du Crépuscule des dieux. L’aristocratie européenne est présente, même Louis II est là, incognito.

« Ce qui s’est passé à Bayreuth restera dans la mémoire de nos petits-enfants et de leur descendance », tels sont les mots utilisés par Tchaïkovski à l’issue de ce premier festival. En réalité, Richard Wagner vient de bouleverser l’histoire de la musique. Mais ses caprices de créateur mégalomaniaque l’ont mis sur la paille. Il n’est pas question d’organiser une deuxième édition l’année suivante. En attendant de recommencer, il compose Parsifal. Il termine d’achever son œuvre en 1882.

Il a 69 ans. La vie est passée inexorablement tel un vaisseau sur ces lacs tempétueux au pied des montagnes, aux sommets desquelles se querellent dieux et héros de la mythologie germanique. C’est cette mythologie qu’a réinventée et revisitée Wagner, c’est cette mythologie qui a bercé les derniers rêves de Louis II.

Charles Baudelaire était subjugué par la musique de Wagner

Le 19 août 1882 a lieu le deuxième festival de Bayreuth. Le chef, Hermann Levi, a un malaise. C’est donc le compositeur lui-même qui prend discrètement la baguette et dirige l’orchestre. 6 mois plus tard, Wagner est emporté par une crise cardiaque. Il meurt à Venise un 13 février 1883. Il est enterré à Bayreuth. Il laisse derrière lui assez peu d’œuvres, mais quelles œuvres ! Pas moins de 43 au total, avec plusieurs chefs-d’œuvre et une façon de concevoir la musique encore inédite jusqu’à lui.

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Laissons le mot de la fin à Charles Baudelaire, subjugué par la musique de Wagner au point de lui écrire ceci en février 1860 : « Avant tout, je veux vous dire que je vous dois la plus grande jouissance musicale que j’ai jamais éprouvée. J’aurais hésité longtemps encore à témoigner par lettre mon admiration, si tous les jours mes yeux ne tombaient sur des articles indignes, ridicules, où on fait tous les efforts possibles pour diffamer votre génie ».

Le poète ajoute qu’il a découvert dans l’œuvre de Wagner la solennité des grands bruits, des grands aspects de la nature et la solennité des grandes passions de l’Homme. Il s’est dit envahi d’une volupté vraiment sensuelle, et qui ressemble à celle de monter dans l’air ou de rouler sur la mer . En post-scriptum, Baudelaire a ajouté ceci : « Je ne vous laisse pas mon adresse, vous croiriez que j’ai quelque chose à vous demander ».

David Abiker

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