Le Boléro de Ravel : en mai 1930, le scandale de l’altercation entre le compositeur et le chef Toscanini

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C’est sous la baguette d’Arturo Toscanini que le Boléro de Maurice Ravel résonne pour la première fois aux États-Unis, en novembre 1929. Le chef d’orchestre au tempérament de feu a choisi un tempo qui a contrarié le compositeur. 

 

 

Arturo Toscanini, qui dirige le Philharmonique de New York, inscrit le Boléro de Ravel à son répertoire et la défend sur les plus grandes scènes internationales — mais avec une liberté de tempo qui irrite profondément Ravel.

Le chef adopte en effet un tempo bien plus rapide que prévu. Il enregistrera même en 1940 une version du Boléro de moins de douze minutes.

L’affrontement éclate en mai 1930, à Paris. Toscanini est en ville avec son orchestre pour un concert comprenant, précisément, un Boléro joué accelerando. Ravel, qui fulmine, s’avance en direction du maestro : silhouette soignée, costume cintré, pochette bouffante, cigarette vissée aux lèvres, chevelure blanche rafraîchie autour des oreilles. Petit par la taille — il ne mesure qu’un mètre soixante et un —, il n’en impose pas moins par une autorité naturelle saisissante.

Ravel : « Toscanini prenait un mouvement ridicule dans le Boléro »

« Vous ne connaissez rien à votre musique », lui lance Toscanini pour se justifier. « C’était la seule façon de la faire passer. » La réponse de Ravel fuse, cinglante : « Eh bien alors, ne la jouez pas ! »

Peu après l’incident, Ravel apporte lui-même la mise au point suivante : « Si l’on m’a vu à l’Opéra, c’est que je savais que Toscanini prenait un mouvement ridicule dans le Boléro et je voulais le lui dire, ce qui a consterné tout le monde, à commencer par le grand virtuose. » Les journaux s’emparent de l’affaire et parlent ouvertement d’une « affaire Toscanini-Ravel ».

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Ravel lui-même semble avoir été le premier surpris par le triomphe mondial de sa composition. Il tient d’ailleurs à dissiper tout malentendu : « Il s’agit d’une expérience d’un type très particulier. Avant sa première représentation, j’avais prévenu que ce morceau de dix-sept minutes n’était constitué que d’un unique et long crescendo ininterrompu. Il n’y a pas de contraste et pratiquement pas d’innovation, à l’exception de la structure et du mode d’exécution. L’écriture est simple, directe du début à la fin, sans la moindre recherche de virtuosité. »

Conscient que cette réussite populaire pouvait lui faire tort, il répond avec une pointe d’amertume à ceux qui lui parlent de son chef-d’œuvre : « Mon chef-d’œuvre ? Le Boléro, voyons. Malheureusement, il est vide de musique. »

Franck Ferrand

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