La langue française doit-elle être aussi malmenée que nos institutions, en cette période de crise politique ? Les termes liés à la vie publique fusent dans les médias. Mais attention, certaines expressions couramment employées par les journalistes et les experts sont tout simplement incorrectes. Petit tour d’horizon des erreurs à éviter.
Commençons par une faute très répandue : parler des élections présidentielles au pluriel. C’est une erreur ! On doit dire l’élection présidentielle au singulier. La raison est simple : il n’y a qu’un seul président de la République à élire, pas plusieurs.
En revanche, on parle bien des élections législatives ou municipales au pluriel, car plusieurs scrutins sont organisés simultanément dans différentes circonscriptions pour élire plusieurs représentants. Le pluriel est donc logique et justifié dans ces cas.
« Il se présente aux présidentielles » : double faute
Cette expression couramment entendue cumule deux erreurs. D’abord, le pluriel est incorrect, comme nous venons de le voir. Ensuite, employer le mot « présidentielle » tout seul constitue un raccourci paresseux et fautif. Pour être exact, il faut dire : « Il se présente à l’élection présidentielle ».
Ne confondez pas élire et voter : on élit quelqu’un et on vote pour quelque chose
De même, déclarer « Elle se présente aux municipales » est considéré comme un raccourci paresseux, bien que le pluriel soit cette fois justifié. Autant expliciter les choses et dire correctement : « aux élections municipales ».
Élire ou voter : ne confondons pas
Le verbe élire est lui aussi souvent malmené. Combien de fois entend-on « Ils ont élu cette loi » ou « Ils ont élu cette idée » ? Ces formulations sont incorrectes. Voici la règle : on élit quelqu’un, tandis qu’on vote pour quelque chose. On élit donc un représentant, mais on vote pour une loi ou un projet.
L’entre-deux-tours : avec ou sans traits d’union ?
La réponse est simple, claire, nette et précise, même si elle n’est pas toujours respectée : on écrit l’entre-deux-tours avec des traits d’union. N’oubliez pas cette règle typographique lors de vos prochains écrits politiques.
Un mot rare pour briller : la pséphologie
Pour terminer sur une note enrichissante, connaissez-vous la pséphologie ? Il s’agit de l’étude et de l’analyse scientifique des élections. Ce terme, plutôt utilisé en anglais (psephology), fait son apparition dans le français contemporain. Son étymologie est fascinante : il vient du grec psêphos, qui signifie « petits cailloux » ou « galets ». Dans l’Antiquité grecque, ces cailloux servaient de bulletins de vote. Ainsi, un spécialiste des sondages électoraux peut être appelé un pséphologue. Voilà un mot rare pour impressionner vos interlocuteurs !
Voici une autre confusion que j’ai encore entendue ce matin : conjecture et conjoncture. Une conjecture est une hypothèse, on peut dire qu’« on se perd en conjectures ». Une conjoncture est un concours de circonstances. On parlera de conjoncture favorable ou défavorable.
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Enfin, faisons un pas de côté pour évoquer un autre type d’élection, le conclave, qui désigne un nouveau pape, après la mort du précédent. Le mot vient du latin, con clavus, qu’on peut traduire par « avec une clé » ou « sous clé ». La fameuse phrase officielle, habemus papam (nous avons un pape) est prononcée par le protodiacre : ce mot vient du grec, de protos, premier et diachronos, assistant, ou serviteur.
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?