Plusieurs auditeurs de Radio Classique ont fait part de leur agacement face à des formulations qu’ils entendent partout et qui leur font grincer des dents. Ces deux phénomènes ont un point commun : ils révèlent une langue qui se relâche, qui perd en précision et qui glisse vers un registre plus familier.
« Depuis qu’elle est toute petite », une expression qui ne veut rien dire
Une auditrice, Ninon, s’interroge sur la tournure : elle aime des lasagnes depuis qu’elle est toute petite, et lui préfère l’expression depuis son enfance.
Elle a raison de s’en inquiéter. Depuis qu’elle est toute petite est une subordonnée temporelle qui pose un problème logique : elle sous-entend que la personne est encore, aujourd’hui, toute petite.
C’est ce que l’on appelle un présent de durée mal maîtrisé. La tournure n’est pas grammaticalement incorrecte, mais le sens en reste ambigu. Il est en effet plus clair et plus élégant de dire depuis son enfance.
Le double sujet, ou la « dislocation », affectionné par François Hollande
Hugues, lui, évoque des formulations du type Les hommes politiques, ils pratiquent la langue de bois, ou encore La ville de Tulle, elle est belle — une construction que François Hollande affectionnait particulièrement, avec ses célèbres La France, elle est grande.
Ce phénomène, que les linguistes appellent la dislocation, consiste à énoncer d’abord le thème — la ville de Tulle — puis à le reprendre immédiatement par un pronom — elle. Cette tournure existe depuis longtemps à l’oral, et Molière lui-même ne s’en privait pas.
Elle permet de mettre en avant le sujet et s’emploie volontiers dans le langage adressé aux enfants. Mais à l’écrit, dans un journal télévisé ou dans un discours politique, voire un exposé en classe, elle est à éviter. Cette formulation alourdit la phrase et nuit à l’élégance du propos.
« Aujourd’hui » et « juin » : des prononciations relâchées
Dominique s’agace, de son côté, d’entendre des journalistes dire aujourd’hui au lieu de aujourd’hui, ou juin au lieu de juin.
Sur le plan phonétique, rappelons qu’aujourd’hui est issu de l’ancien français au jour d’hui, hui étant lui-même tiré du latin hodie, signifiant ce jour. Il s’agit déjà d’une locution doublement renforcée — un double pléonasme, en quelque sorte. Inutile d’y ajouter une erreur de prononciation.
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Quant à juin, fréquemment escamoté, il s’agit d’une prononciation relâchée particulièrement répandue à Paris. Efforçons-nous de rétablir les bonnes voyelles : ju-in.
Karine Dijoud
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