Langue française : D’ « ambages » à « guise », 6 mots qui ne survivent que collectivement, brillez en société en dévoilant l’origine de ces expressions

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La langue française regorge de termes singuliers qui ne peuvent exister qu’au sein d’expressions figées. Impossible de les employer seuls, ils survivent uniquement dans des locutions consacrées par l’usage. En voici six exemples fascinants.

Certains de ces termes sont rares, mais même quand un mot est en voie de disparition, il continue à murmurer dans les expressions qu’on prononce sans y penser.

1 – Guise, un mot caché dans un terme très courant, souvent employé lors de Mardi Gras

Le mot guise est apparu à la fin du Xe siècle pour désigner la manière d’être. Il s’est rapidement fixé dans deux emplois qui nous sont parvenus : à ma guise, signifiant « selon mon goût personnel », et en guise de, qui signifie « à la place de » ou « à la façon de ». Le Dictionnaire historique de la langue française nous indique que ce mot survit également dans un dérivé très courant : déguisé. Ce terme est formé du préfixe , venant du dis latin marquant la négation. Ainsi, se déguiser, c’est nier sa manière d’être ou son aspect habituel.

2 – Ambages, les détours langagiers disparus

Vous pensez forcément à la locution sans ambages en entendant ce mot, et c’est normal, car c’est seulement là qu’on retrouve les ambages. Ce terme vient du latin ambages, féminin pluriel, désignant les détours, les sinuosités, les circonlocutions. Le mot apparaît tel quel en français au XIVe siècle et reste féminin pluriel. On trouve de longues ambages dans le Dictionnaire de l’Académie pour désigner de longs détours. Dès le XVIIe siècle, le terme perd de sa vigueur et disparaît progressivement, sauf dans la locution sans ambages, donc « sans détour ». Exemple : je vous dirai sans ambages que la langue française est passionnante.

3 – Capilotade, un ragoût fait de restes devenu une expression 

Le mot capilotade n’existe plus aujourd’hui que dans la locution familière en capilotade, qui signifie « en piteux état » ou « en miettes ». Cela vient du mot espagnol capirotada, désignant un ragoût fait de restes de volaille ou de viande déjà cuite. Pour désigner des personnes, mettre quelqu’un en capilotade signifie le mettre en pièces, le rouer de coups. Avoir une partie du corps en capilotade signifie qu’on est couvert de blessures, de coups, ou que cette partie est douloureuse. C’est seulement dans cette tournure de phrase et avec ce sens que le mot capilotade perdure. Pour approfondir le sujet, je vous recommander le livre de Sylvie Brunet, Ces mots qui n’existent pas… mais qu’on emploie quand même.

Faire fi de quelque chose, une exclamation de dédain au Moyen Âge

4 – Fi, l’exclamation médiévale devenue locution

On fait fi de, et c’est tout. Faire fi de est une très vieille tournure. Fi était une exclamation de dédain et de dégoût au Moyen Âge. Elle a perduré puisqu’on la trouve dans une lettre de Napoléon Ier à Joséphine en 1807 : « Fi, que cela est laid ! » On la trouvait aussi dans la locution fi donc, qui indique qu’il est indigne d’avoir telle ou telle attitude. Exemple tiré de Victor Hugo en 1885 : « Aujourd’hui, on descend à l’hôtel. L’auberge, fi donc ! » Mais que signifie au juste faire fi de ? Cela consiste à rejeter avec mépris. C’est une belle façon de dire qu’on s’en moque, mais avec panache. Exemple : je fais fi des atrabilaires. Cela a quand même plus d’allure que de dire « les haters, je m’en fiche ».

5 – Fur : le prix devenu mesure

Personne ne parle de fur tout seul. Pourtant, c’est un mot ancien qui vient du latin forum, la place publique, le marché, et qui prend le sens de « prix » en latin médiéval. La locution au fur existait et signifiait « à proportion ». Mais elle s’est renforcée, puis elle est devenue au fur et à mesure. Pourquoi ? Parce que le mot fur n’était plus compris. On l’a donc complété par une locution équivalente. Ce qui signifie que la locution au fur et à mesure est un pléonasme bien insoupçonnable.

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6 – Aune, une ancienne unité de mesure

La locution à l’aune de signifie « selon la mesure de ». L’aune était autrefois une unité de longueur, un peu plus d’un mètre, mais c’était variable selon les régions. On mesurait par exemple les étoffes à l’aune. Aujourd’hui, l’expression un peu désuète permet de remplacer avec élégance « selon » ou « par rapport à ». Ces mots ne survivent que collectivement dans des expressions. Ils ne vivent plus que par les formules qui les portent, et c’est là toute la beauté du français.

Karine Dijoud

 

 

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