Une redondance linguistique, autrement dit pléonasme, est une formulation qui duplique une information déjà exprimée, et qui peut parfois servir d’effet rhétorique. Lorsqu’elle est utilisée consciemment, elle devient un procédé littéraire. Mais généralement, ces répétitions n’enrichissent pas notre discours et méritent d’être corrigées. Voici 8 formulations fautives très répandues.
Il convient de distinguer deux types de pléonasmes : ceux basés sur le sens (sémantiques) et ceux liés à la structure grammaticale (syntaxiques), où plusieurs éléments de fonction identique s’accumulent sans nécessité.
Le tri sélectif : un pléonasme entré dans l’usage
Cette expression devenue courante suscite régulièrement des débats. Le verbe trier implique déjà l’idée de sélection. Mieux vaudrait donc employer simplement « tri » ou opter pour « collecte sélective ».
Les pièges du préfixe « auto- »
Prenons l’exemple de « s’auto-flageller ». Le préfixe « auto-« provient du grec ancien autos signifiant « soi-même », tout comme le pronom réfléchi « s' ». Résultat : une double répétition ! La formulation correcte serait « se flageller » ou, de manière plus développée, « pratiquer l’auto-flagellation ».
Le rappeur L’amiseul a d’ailleurs composé un morceau intitulé « S’autoflageller c’est un pléonasme » où il rappe : « oui, je sais, entendre sans arrêt un mec qui se flagelle c’est pas très sympa. S’il vous plaît, arrêtez de dire qu’on s’auto-flagelle, c’est un pléonasme ». La même règle s’applique à « s’auto-proclamer » : préférez « se proclamer ».
Analysons cette phrase : « C’est de repos dont j’ai besoin ». Quel est le problème ? La préposition « de » suivie de « dont » crée une faute. Pourquoi ? Parce que « dont » équivaut déjà à « de + que », ce qui génère une répétition. Les tournures justes sont : « c’est de repos que j’ai besoin » ou « c’est le repos dont j’ai besoin ».
Moindre, un superlatif oublié, présent dans La Cigale et la Fourmi de Jean de La Fontaine
« Le moindre petit détail » constitue une expression fréquente, bien que « moindre » tende à disparaître de notre vocabulaire quotidien. Ce terme subsiste notamment dans la fable La Cigale et la Fourmi de Jean de La Fontaine: « c’est là son moindre défaut ». Que signifie réellement « moindre » ? Il s’agit du superlatif de « petit ». Les versions correctes sont donc « le moindre détail » ou « le plus petit détail ».
Continuons avec « voler en l’air », pléonasme plus flagrant. Cette précision sert peut-être à distinguer l’action de voler (dans les airs) du vol considéré comme infraction.
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Abordons enfin « la congère de neige », formulation particulièrement appropriée en cette saison. Une congère désigne par définition une accumulation de neige poussée par le vent. Il n’y a ni congères de sable ni congères de feuilles mortes. Pour éviter cette redondance, employez simplement « congère » ou « amas de neige ».
Les doublons syntaxiques
Concluons avec ces associations fautives : « mais cependant », « mais pourtant », « mais toutefois ». Un seul de ces connecteurs d’opposition suffit amplement. S’il est judicieux de varier les marqueurs d’opposition plutôt que d’utiliser systématiquement « mais », il reste inutile d’y adjoindre un autre adverbe, au risque de créer une redondance grammaticale.
Karine Dijoud
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