L’immense photographe et réalisateur Raymond Depardon était l’invité de la matinale de Radio Classique ce vendredi 26 juillet, à quelques heures de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris. Alors que ses photos mythiques et celles de son fils Simon orneront les rues de Paris et de Saint-Denis jusqu’au 24 septembre, il raconte comment ont été pris ses clichés de sport les plus emblématiques.
Au milieu de vos documentaires, de vos films, au milieu du Vietnam, de la guerre d’Algérie, il y a les Jeux olympiques. C’est une facette plutôt méconnue de votre carrière. Comment vous êtes-vous retrouvé à suivre les Jeux olympiques ?
Cela a commencé en 1964, pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Je sortais du service militaire en Algérie, de cette période lourde, quand on m’a envoyé au Japon pour suivre les JO. J’avais 22 ans et je n’étais pas très bien équipé. Le sport est tout à fait à part dans la photo de presse, il faut devancer l’évènement, avoir la bonne focale, beaucoup d’appareils. Rien à voir avec le général de Gaulle ou une petite bagarre à la Mutualité !
On attendait une médaille d’or française. Elle est arrivée à la dernière minute avec le cavalier Pierre Jonquères d’Oriola. En plein milieu de la remise de prix, j’ai couru pour faire son portrait, poursuivi par les policiers japonais qui ne pouvaient pas comprendre que c’était la photo de ma vie ! C’était une très bonne leçon pratique. J’ai compris qu’il fallait raisonner comme un opérateur de film pour se placer au bon endroit.
Parmi les photos exposées à Paris, on retrouve celle d’un certain Dick Fosbury à Mexico en 1968. Un saut en hauteur mythique sur le dos qui a marqué l’histoire du sport.
Tout le monde a été surpris. Je ne sais même pas s’il y a eu une photo de son premier essai. Il faut être très patient dans cette discipline, dès que l’athlète a passé une hauteur, il attend d’en passer une nouvelle, ça peut traîner. Et d’un coup, tout le stade s’est levé. Un saut sur le dos, on n’avait jamais vu ça.
Une photo mythique de Lee Evans, le poing levé
Mexico 68, c’est aussi ce geste symbolique du poing levé. Il y a eu celui de Tommie Smith et John Carlos. Vous avez capté celui de Lee Evans, médaillé d’or du 400m, un poing levé sur le podium. Ça devait être une ambiance très particulière, Mexico 68 à l’époque ?
Les athlètes américains avaient averti le journal américain Sport Illustrated, mais pas la presse européenne. Nous étions un peu en retard, loin, mal placés. Je connaissais un peu les Etats-Unis pour avoir suivi la campagne de Nixon, mais nous ne rendions pas compte [de la réalité de la ségrégation raciale]. J’en ai discuté avec un jeune sportif lors de la conférence de presse au cours de laquelle a été annoncée l’exclusion de ces athlète, ce qui était d’ailleurs scandaleux. Il m’a dit : « vous ne savez pas ce que c’est que d’aller au restaurant avec votre femme, et qu’on vous dit qu’il n’y a plus de place alors que c’est vide. »
🇫🇷📷 The renowned French photographer Raymond #Depardon and his son Simon have created the largest open-air #photographic display ever made for public viewing, focusing on the #OlympicGames throughout history.
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— FRANCE 24 English (@France24_en) July 24, 2024
Vos photos, au-delà de célébrer les performances, montrent des gestuelles, des moments de grâce, comme ce salto à la poutre de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, le premier 10 sur 10 de l’histoire olympique en gymnastique. Vous êtes le premier à l’avoir photographiée, à Montréal en 1976. Vous vous souvenez de ce moment ?
Quand je l’ai vue – je ne savais pas son nom – je me suis dit que c’était magnifique. Elle retombe sur ses pieds en ayant fait un saut périlleux. La poutre n’est pas très large, peut être 20 centimètres de large. C’était spectaculaire, d’autant qu’on savait ce qui se passait en URSS.
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Est-ce que vous vous êtes dit en voyant cette prestation : c’est photogénique, mais c’est aussi un moment exceptionnel ?
Oui, elle était très aérienne. Elle allait si vite que je me suis dit : « il me faut un objectif 300 à 2.8 parce qu’il faut être au millième ». Elle est passée sur la poutre deux ou trois fois, pas plus. Un photographe concurrent n’a pas compris que c’était fini, il était effondré ! C’est mon fils qui a trouvé la bonne photo, de profil avec les jambes en l’air et la tête au-dessus de la poutre. On ne se rendait pas compte qu’on avait assisté à un des plus beaux moments des jeux olympiques. Quand les records tombent – j’espère qu’il y en aura à Paris – c’est très émouvant parce que tout le stade se tait, puis les gens se lèvent d’un coup dans les gradins.
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