Les candidats au bac 2024 se sont penchés ce mardi sur l’épreuve de philosophie. Les élèves des filières générales ont eu le choix entre le commentaire d’un texte de la philosophe Simone Weil et deux dissertations, des sujets sur lesquels le philosophe Raphaël Enthoven s’est penché pour Radio Classique.
« La science peut-elle satisfaire notre besoin de vérité ? » Avant de se jeter sur sa copie, le candidat doit « prendre du recul », souligne Raphaël Enthoven : « il faut analyser d’abord les termes au lieu de mobiliser ses connaissances ». La « vérité » évoquée dans le sujet n’est pas celle que fournit la science exacte, puisqu’on en dispose déjà. Elle est d’une autre nature qu’un théorème ou qu’une loi physique.
L’invité de David Abiker reformule le sujet : « La science peut-elle combler, avec les outils de la raison, le goût de l’absolu dont témoigne notre besoin de vérité ? ». Cette mise en perspective, cette problématisation est « essentielle » dans une copie, explique le philosophe, « c’est la barre au-delà de laquelle on commence à penser ». Il insiste sur ce point : « Trouver la problématique, c’est manifester ce qui, dans la question, pose problème ».
La dissertation doit approfondir le propos
Une fois trouvée cette « tension dans le sujet », il ne reste plus qu’à dérouler le plan, avec une première partie sur le fait que la science dit vrai. Pour la deuxième partie – attention – elle ne doit pas pouvoir venir avant la première, avertit Raphaël Enthoven. « Il faut que les acquis de la première partie déterminent l’angle de vue qui préside à la deuxième, et ainsi de suite ». La dissertation doit approfondir le propos, précise-t-il.
Le deuxième sujet, « l’Etat nous doit-il quelque chose » est très politique, avec un intitulé « extraordinairement piégeux », juge le philosophe. » Il ouvre la possibilité du catalogue, et laisse entendre qu’il faut dresser la liste de tout ce que l’Etat nous doit. C’est ça, le piège ». Rappelant les fondamentaux de la dissertation, il préconise de trouver ce qui « coince » dans cette question.
Un Etat qui couvre tous les besoins ou qui laisse sa liberté au citoyen ?
C’est le « nous » auquel il faut s’intéresser. Il désigne le citoyen. « Quelle idée de l’Etat et quelle idée du citoyen faut-il se faire pour considérer qu’il nous doit quelque chose de façon inconditionnelle ? » détaille Raphaël Enthoven. À partir de cette problématique, poursuit l’essayiste, on peut présenter différentes théories de l’Etat, notamment celle d’Alexis de Tocqueville. Philosophe du 19ème siècle, il avait comparé l’État omnipotent des démocraties naissantes à une mère, qui cherche à fixer sa progéniture dans l’enfance, alors que le père prépare les hommes à l’âge mûr. Le grand enjeu était, selon lui, de faire passer l’Etat de cette puissance maternelle qui couvre tous les besoins à la puissance paternelle qui invite le citoyen à se saisir de sa liberté.
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Le sujet pouvait être illustré par la fameuse phrase du président américain Kennedy : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Raphaël Enthoven en profite pour glisser un conseil aux candidats : citer l’actualité ou l’histoire est tout à fait possible, « il n’y a pas d’exemple plus noble qu’un autre. Un fait d’actualité bien disséqué peut être aussi efficace qu’une citation parfaite ».
Béatrice Mouedine
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