Vie en entreprise : A-t-on le droit de se moquer de votre accent au bureau ?

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C’est une phobie made in France qui porte un nom : la glottophobie. Sa signification est simple : il s’agit du rejet catégorique d’une langue, d’un dialecte, d’un accent, d’une façon singulière de s’exprimer ou de communiquer.

C’est une discrimination polymorphe. Or, notre pays compte plus d’une centaine d’accents régionaux, de Lille à Marseille ou du Pays Basque à la Savoie. Accent du nord, accent alsacien, accent corse… mais aussi suisse, belge ou québécois si l’on voyage un peu dans notre belle francophonie.

Au-delà de la géographie et des frontières, l’accent et la façon de parler peuvent aussi trahir l’appartenance à une communauté ou à une classe sociale… En réalité il y a mille raisons qui peuvent titiller les glottophobes.

La glottophobie est absolument proscrite

Dans la préface de Pygmalion, la pièce de théâtre de George Bernard Shaw – l’auteur écrit ceci : « Il est impossible à un Anglais d’ouvrir la bouche sans s’attirer immédiatement la haine ou le mépris d’un autre Anglais. »

Comme n’importe quelle discrimination au travail ou ailleurs, la glottophobie est absolument proscrite. En novembre 2020 une proposition de loi dédiée à la discrimination par l’accent a été adoptée à l’Assemblée Nationale. Preuve que tout cela est très sérieux. C’était une proposition du député de l’Hérault Christophe Euzet – également professeur à l’université de Perpignan – qui entend également promouvoir la France des accents !

La discrimination pour cause d’accent a le même statut que la discrimination raciale, de genre ou de handicap. « Avec votre accent, cela ne sera pas possible » : cette phrase qui a pu faire partie du décorum d’un entretien de recrutement est désormais bannie.

La norme est de s’aligner afin de parler comme tout le monde

Idem si au bureau un collaborateur entreprend de singer l’accent d’un collègue de façon répétitive pour se moquer de lui. Un stagiaire témoignait ainsi dans la Harvard Business Review avoir été moqué pour son accent dans une grande entreprise. Trois années de prison et 45.000 euros d’amende.

Certains préfèrent d’ailleurs « gommer » leur accent. Dans une ville comme Paris – où vivent de nombreux provinciaux – la norme consiste à s’aligner afin de parler à peu près comme tout le monde. C’est particulièrement vrai dans le monde de l’entreprise où l’on craint parfois sa différence !

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Certains sont capables de mettre de côté leur accent en fonction de leur interlocuteur. D’autres assument totalement leur régionalisme. À une époque où l’on assure qu’il faut être soi-même, authentique, sans filtre, il me semble que la richesse de la France des accents a toute sa place au travail.

Dès 1762, Jean-Jacques Rousseau dans Émile ou de l’Éducation écrit ceci. « L’accent est l’âme du discours. Il lui donne à la fois le sentiment et la vérité. » Je crois que tout est dit.

Quentin Périnel

 

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