Affaire Griveaux : Le procès du couple Pavlenski/Taddeo, entre spectacle médiatique et performance artistique

ERIC DESSONS/JDD/SIPA

C’est une affaire qui raconte le monde d’aujourd’hui. Le procès du couple Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo a tourné à la farce ce mercredi 28 juin, plus de 3 ans après la diffusion d’images intimes de Benjamin Griveaux. Alors candidat à la mairie de Paris, le député avait fini par quitter la vie politique.

Une image décrit bien l’ambiance qui régnait hier au tribunal correctionnel de Paris, celle du couple au cœur du scandale. Alexandra de Taddeo et Piotr Pavlenski. La muse et l’artiste faisant leur entrée dans la 17ème chambre qui les attend depuis plus d’une heure.

Ils ont décidé à la lecture du Figaro et du Parisien-Aujourd’hui en France, de transformer le procès qui les attend en parade promotionnelle. Alexandra de Taddeo est habillée en longue robe brillante, bleu ciel couverte de sequins, parée comme pour monter les marches à Cannes, observe Le Figaro et porte en évidence son autobiographie intitulée L’Amour.

« A aucun moment je n’ai voulu piéger [Benjamin Griveaux] » assure Alexandra de Taddeo

L’amour en question, c’est Piotr qui déclare à la barre du tribunal « aujourd’hui au lieu le jugement de mon 8ème événement d’art sujet/objet, l’événement intitulé pornopolitique ». Cette déclaration est faite devant un public visiblement acquis à la cause de l’artiste, ce qui conduit la présidente à suspendre l’audience immédiatement.

Ils sont jugés pour avoir enregistré et diffusé en février 2020 les vidéos à caractère masturbatoire du candidat LREM à la mairie de Paris Benjamin Griveaux. Le Parisien comme Le Figaro rappellent les faits.

Une liaison débute en 2018 entre celui qui est alors ministre et Alexandra de Taddeo, celle qui va devenir la compagne de l’artiste russe. Une liaison numérique d’abord, qui devient physique. Le 12 février 2020 les fameuses vidéos sont publiées via le site Pornopolitique.

Des témoins citent des extraits de Tartuffe, la pièce de Molière

« A aucun moment je n’ai voulu le piéger » explique la jeune femme, évoquant ces vidéos enregistrées et conservées. « J’étais jeune étudiante » explique-t-elle, « lui était dans une situation d’homme de pouvoir. Tous les réseaux d’état ont travaillé à m’écraser. Je recommande à beaucoup de femme de faire la même chose ».

Plus tard des témoins sont cités, des comédiens proches de Piotr Pavlenski. Ils se mettent à réciter du Tartuffe de Molière, le procès devient performance artistique ! L’audience s’accélère, les avocats du plaignant Benjamin Griveaux l’affirment : ce qui est obscène, ce n’est pas de se masturber devant une caméra, c’est d’enregistrer, de copier et de diffuser les images.

« Comme Gustave Courbet, il crée des œuvres pour provoquer l’Etat et tester les limites de la liberté de création »

Maître Richard Malka l’assure : « l’objet de ce procès est de protéger nos nuits ». Et l’avocat ajoute mettant les pieds dans le plat « je sais ce que tout le monde pense, comment a-il pu être aussi con ? Cette question-là, celui qui se la pose tous les jours, c’est justement Benjamin Griveaux ».

Le Monde ose lui aussi cette question au sujet de cette affaire : « œuvre artistique ou terreur 2.0, elle est là aussi la modernité, croire une demi-seconde que l’artiste en question n’est pas un pitre ». Pavlenski a même convié à témoigner une historienne de l’art.

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Celle-ci qui n’a pas peur d’affirmer que l’artiste russe « comme Gustave Courbet crée des œuvres pour provoquer l’Etat et tester les limites de la liberté de création ». Face à de telle sottises, on ne se dit qu’une chose, l’Etat provoqué ou pas, aura ces jour-ci d’autres chats à fouetter.

David Abiker

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