Loi immigration : malgré le soutien des Français, un parcours semé d’embûches pour le texte

JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le projet de loi immigration, annoncé au début du second quinquennat d’Emmanuel Macron, va être examiné par les sénateurs le 6 novembre prochain. Un texte de loi globalement soutenu par les Français, mais dont l’adoption à l’Assemblée nationale est loin d’être certaine.

La dernière vague du sondage Odoxa que publie aujourd’hui Le Figaro fournit un état des lieux à la fois précis et complet du regard de l’opinion sur ce projet de loi immigration. L’étude révèle notamment que les Français y sont très largement favorables – en tout cas ceux qui maîtrisent suffisamment le sujet pour pouvoir se prononcer. Et que le très controversé article 3, qui prévoit la régularisation des travailleurs clandestins dans les métiers en tension, reçoit lui un accueil mitigé dans le pays, puisque près d’un sondé sur deux y est opposé.

Alors même si ce résultat n’est pas vraiment une surprise, tant cette mesure a mauvaise presse, il n’en demeure pas moins que cela vient compliquer encore davantage la tâche de Gérald Darmanin. Arc-bouté sur ce dispositif qui lui est cher, le ministre de l’Intérieur n’excluait pas jusqu’ici de passer en force via le 49-3 en cas de blocage à l’Assemblée… Sauf que l’enquête nous apprend que cette fausse bonne idée lui vaudrait alors l’hostilité de presque 7 Français sur 10, en plus de braquer définitivement la droite LR.

Un point de blocage pour les Républicains

Parce que les Républicains ne veulent pas en entendre parler. Ce titre de séjour constitue un appel d’air à leurs yeux, et même une « ligne rouge ». Pas question, donc, pour eux de négocier quoi que ce soit avec le gouvernement tant que l’exécutif refusera de revenir en arrière sur ce point. En attendant, Les Républicains ont donc présenté leur propre contre-projet, qui suppose une révision de la Constitution, et une demi-douzaine de mesures.

Parmi lesquelles, pêle-mêle : la transformation de l’AME (Aide Médicale de l’Etat) en Aide médicale d’urgence, le durcissement du regroupement familial, ou encore l’instauration de quotas migratoires annuels… Autant de propositions très largement plébiscitées par les Français. Au point que même la moins populaire d’entre elles recueille tout de même 70% d’opinions favorables. C’est dire !

Le Rassemblement national plutôt en faveur du projet de loi

Du côté du Rassemblement National, Marine Le Pen a surpris son monde cette semaine en laissant entendre que ses troupes pourraient voter ce qu’elle appelle « une petite loi avec des petites mesures ».

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On a certes connu plus enthousiaste, mais même ainsi formulée, cette sortie vient nourrir la stratégie de « normalisation » de la nationaliste. Et surtout, elle colle aux aspirations de son électorat, puisque 77% de ses sympathisants soutiennent la loi.

Une loi dont l’avenir incertain commencera à s’écrire dès ce lundi au Sénat, avant de se poursuivre ensuite en décembre à l’Assemblée.

Arthur Berdah

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