Dans un contexte de recrudescence des actes antisémites, il souhaite faire de la lutte contre l’antisémitisme une « grande cause nationale ». Le grand rabbin de France Haïm Korsia était l’invité de la matinale de Radio Classique ce mercredi.
Plus de 850 incidents ont été recensés sur le territoire français depuis l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre et plus de 430 personnes ont été interpellées, selon la Première ministre Elisabeth Borne. A titre de comparaison, 436 actes antisémites avaient été comptabilisés au total en 2022.
Le grand rabbin de France Haïm Korsia s’est réjoui des « efforts et de la fermeté réaffirmée du gouvernement » à l’égard de ces incidents. « On a le sentiment que ce n’est pas anodin et qu’on n’est pas dans quelque chose d’acceptable ». Satisfait que le gouvernement prenne la chose au sérieux, il a expliqué avoir pu le mesurer dans le cas d’un rabbin qui a été, sur les réseaux sociaux, menacé de manière très violente. « Une demi-heure après avoir signalé les choses, la personne était interpellée ».
La lutte contre l’antisémitisme comme grande cause nationale
Dans la bande de Gaza, l’armée israélienne dénombre 242 otages détenus par le Hamas. Lors du prochain Shabbat mondial, organisé à l’initiative du grand rabbin d’Afrique du Sud, il a été demandé de laisser une place vide à table. « C’est la place de l’absent », a expliqué Haïm Korsia. « Je demande à tous les fidèles de garder cette place vide dans les grands repas communautaires à la maison. […] Le principe, c’est d’avoir chez soi une chaise vide pour les otages qui nous manquent, qui manquent à l’humanité. Et ce n’est pas une démarche confessionnelle, c’est juste une démarche humanitaire ».
Pour le grand rabbin de France, la seule solution pour lutter contre les violences qui se multiplient envers la communauté juive est « d’avoir une vraie volonté collective de lutter contre cela, de ne rien laisser passer ». Il a par ailleurs déclaré avoir fait la demande que la lutte contre l’antisémitisme soit érigée au statut de « grande cause nationale ».
« Les mots que Jean-Luc Mélenchon utilise sont toujours posés pour faire mal »
Interrogé sur la polémique suscitée par La France Insoumise (LFI) et ses hésitations à qualifier le Hamas de « groupe terroriste », Haïm Korsia a sorti sans hésitation LFI de l’arc républicain : « Il y a des outrances qui sont inadmissibles et notamment le fait de ne pas être capable de dire clairement que ce qui s’est passé le 7 octobre en Israël, ces assassins, ces massacres, n’avaient rien d’autre que l’image horrible du terrorisme, de la haine absolue et de l’antisémitisme ».
A lire aussi
Le grand rabbin de France a par ailleurs reproché à Jean-Luc Mélenchon d’avoir « voulu faire mal » à la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet en l’accusant de « camper à Tel-Aviv pour encourager le massacre », lors de son déplacement en Israël. « Très choquée », Yaël Braun-Pivet avait accusé Jean-Luc Mélenchon de lui mettre « une nouvelle cible dans le dos ».
Plus récemment, une blague du chroniqueur Guillaume Meurice, qui avait traité sur France Inter le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de « nazi sans prépuce », a fait polémique, y compris au sein de Radio France.
Haïm Korsia a partagé son incompréhension quant à cette blague : « Dans des temps où la haine est aussi ouverte sans vergogne, on ne peut pas tout légitimer par certaines blagues. Je trouve qu’il aurait pu dire les choses différemment s’il avait envie de faire rire là-dessus ».
Paul Cassedanne