Interdire ou non certains emplois à des binationaux. Le Rassemblement national semble avoir du mal à clarifier sa position. Que révèle ce débat de fin de campagne ?
Voilà un sujet qui révèle une absence de clarté dans la conception autant que dans l’expression du projet du RN. Tout est parti d’une déclaration de Sébastien Chenu, à la mi-juin confirmant que le RN voulait en finir avec l’autorisation de la double nationalité. Ce qu’il avait oublié, c’est que cela faisait deux ans que Marine Le Pen avait abandonné cette mesure typique du FN d’antan. Dont acte. Chenu a commis une bourde.
Mais Jordan Bardella dans sa conférence de presse, puis dans le débat sur TF1 a repris l’idée qu’il fallait l’interdire pour des professions sensibles comme par exemple la direction d’une centrale nucléaire. Mais poussé dans ces retranchements, il dit que ça ne concernera que quelques dizaines d’emplois seulement. Pourtant, on a exhumé une proposition de loi du RN voulant bel et bien interdire l’accès des emplois dans l’administration et les entreprises publiques à des personnes possédant la nationalité d’un autre Etat.
Le RN aux portes du pouvoir veut rassurer sur son sérieux
Il y a deux explications possibles à ce pataquès. Celles des opposants du RN pour qui le parti lepéniste garde une obsession à l’égard des étrangers et considère donc qu’un binational ne peut pas être un bon Français. Pour ne pas être accusé de xénophobie, il chercherait à maquiller ses propositions. Et puis il y a une autre explication, plus prosaïque. C’est que le RN d’aujourd’hui n’est plus le FN d’hier mais que dans l’actualisation de son projet, il n’a pas été assez précis, pas assez rigoureux. D’où ces allers-retours.
Ce flou s’ajoute à la volonté d’un RN aux portes du pouvoir de rassurer les électeurs quant à son sérieux, notamment budgétaire. D’où le décalage ou le recalibrage de certaines promesses, comme celle de revenir sur la dernière réforme des retraites.
Le RN tout près de gagner, mais pas prêt à gouverner
Le problème, c’est qu’il est pris entre deux feux : nuancer certaines mesures, notamment les plus coûteuses pour garantir être devenu un vrai parti de gouvernement et séduire un électorat plus modéré, sans renoncer à prétendre à une rupture radicale, pour ne pas décourager son noyau dur électoral.
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Ces flottements peuvent-ils ruiner ses chances de l’emporter dimanche et le 7 juillet prochains ? Si l’on en croit les sondages, non. Le RN reste en dynamique. Songez que les sondages le créditent du double de son score d’il y a deux ans ; on n’a jamais vu ça pour aucun parti. Mais comme tout le monde, le parti de Marine Le Pen a été pris de court par la dissolution et n’a pas eu le temps de travailler assez son programme. Pour résumer, on peut dire que le RN est tout près de gagner, mais qu’il ne paraît pas encore totalement prêt à gouverner.
Guillaume Tabard
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