Viktor Orban, Giorgia Meloni : « Il y a une forme nouvelle d’européanisation des nationalismes » analyse Thierry Chopin

Massimo Di Vita/Mondadori Portfolio/Sipa USA/SIPA

Viktor Orban a été reçu à l’Elysée, alors que la Hongrie va assurer dans quelques jours la présidence tournante de l’Union européenne. Un moment particulièrement scruté puisque le Premier ministre hongrois est dans le camp des eurosceptiques radicaux. Il a également rencontré la présidente du conseil italien Giorgia Meloni, personnalité nationaliste de premier plan. Peut-on parler de convergences entre les droites extrêmes en Europe ?

Des nationalismes qui s’européanisent, voilà qui a de quoi surprendre. C’est pourtant le phénomène « nouveau » constaté aujourd’hui, explique Thierry Chopin, Conseiller spécial de l’Institut Jacques Delors et invité de David Abiker dans la matinale de Radio Classique ce jeudi 27 juin.

Les nationalismes sont traditionnellement centrés sur les divisions entre les nations, or ce « néo-nationalisme » laisse apparaître des formes de convergences au niveau européen, autour de la question migratoire, de l’insécurité ou précisément, en ce qui concerne le Premier ministre hongrois Viktor Orban et la présidente du Conseil Italien Giorgia Meloni, autour de la bataille culturelle sur les « valeurs » sociétales. Un paradoxe qui a toutefois ses limites.

Des partis divisés sur la question de la guerre en Ukraine

Toutefois ces convergences très fortes « ne peuvent pas complètement masquer les dissensions et les divergences », poursuit Thierry Chopin, et « une hétérogénéité de positions sur des thèmes importants ». Quid par exemple de la guerre en Ukraine, question géopolitique majeure à laquelle les Européens sont confrontés aujourd’hui ? Faut-il soutenir les Ukrainiens ? Adopter une attitude pro-occidentale ou pro-russe ? « On voit bien qu’entre la position de Giorgia Meloni, très pro-occidentale, pro-OTAN et atlantiste sur cette question et celle du Rassemblement national jusqu’à une date relativement récente, il y a des divergences très fortes » détaille le politologue.

D’autres clivages peuvent être mis en évidence, notamment sur le maintien du pays dans l’Union européenne. En matière économique également, c’est le grand écart :  « l’extrême droite dans les pays du nord de l’Europe est davantage libérale que l’extrême droite en France, très protectionniste, même si elle a été néolibérale au moment de Jean-Marie Le Pen, lorsque Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir en Grande-Bretagne ».

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Enfin, il y a des divergences au sein même des thématiques communes, comme l’emblématique question migratoire. « D’un côté, Meloni promeut la répartition des migrants entre les pays européens, avec paradoxalement une forme de solidarité européenne, et de l’autre, Orban veut leur interdire d’arriver sur le sol européen », résume Thierry Chopin.

Béatrice Mouedine

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