Guerre en Ukraine : Poutine limoge son ministre de la Défense, que cache ce remaniement surprise ?

Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA

Vladimir Poutine a remplacé son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et il a procédé à d’autres changements de poste importants. Dans ce jeu de chaises musicales, typique du Kremlin, on peut déceler plusieurs indices.

Sergueï Choïgou occupait le fauteuil de ministre de la Défense depuis 2012 et était aux commandes depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022. Il a même eu la peau d’Evgueni Prigojine, l’auteur du putsch de juin 2023, victime d’un si regrettable accident d’avion.

Par une décision de Vladimir Poutine, Sergueï Choïgou, très piètre stratège, vient de quitter ses fonctions. Contrairement à ce qui répété est en boucle, Choïgou n’est pas limogé, il est « libéré », selon le porte-parole du Kremlin ; autrement dit, cet ami intime de Poutine demeure bel et bien au cœur du système. Ce Sibérien né d’une mère russe et d’un père touvain – les Touvains sont un peuple turc de Sibérie – se voit bombardé secrétaire du Conseil de Sécurité de Russie, une mission de haute confiance.

L’armée russe gagne du terrain en Ukraine

À ce poste stratégique, Sergueï Choïgou remplace Nicolaï Patrouchev, chef de file des durs au sein du Kremlin. Patrouchev aussi est dûment récompensé : son propre fils, Dmitri Patrouchev, ex-ministre de l’Agriculture, devient vice-Premier ministre à 46 ans. Poutine maintient aussi en place les autres piliers de « l’opération militaire spéciale » : Valéri Guerassimov, chef d’état-major ; Sergueï Narychkine, patron du Service des renseignement extérieur (SVR) ; Alexandre Bortnikov, chef des services de sécurité (FSB).

Le limogeage de Choïgou intervient au moment même où l’armée russe gagne du terrain dans le nord de l’Ukraine, dans la région de Kharkiv, quelques jours après y avoir lancé un assaut terrestre, ce qui n’est sûrement pas un hasard. Il s’agit peut-être pour Poutine de rembobiner le film qui a montré une armée russe à la peine, entre février 2022 et l’été 2023, et de proposer une autre séquence, cette fois conquérante. Du reste, la révélation, organisée par le pouvoir, d’énormes scandales de corruption au sein de l’armée, à un niveau hiérarchique très élevé, laissait préfigurer un changement de cap – dont Choïgou sort indemne.

Le nouveau ministre de la Défense représente l’option « économie de guerre »

Il faut changer de séquence. Le ministre de la Défense britannique n’hésite pas à parler de 355 000 victimes russes, morts et blessés confondus. Pour sa part, le ministre français des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, a évoqué publiquement le chiffre de 500 000 pertes, dont 150 000 morts. Un très lourd bilan pour des acquis territoriaux sans rapport avec une telle saignée. Ce sont des pertes que Poutine voudrait maintenant faire oublier en changeant de tête.

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Le nouveau ministre de la Défense russe Andreï Belooussov, 65 ans, n’a suivi aucun cursus militaire – notez bien que Choïgou non plus. Mais Andreï Belooussov, lui, est ancien ministre de l’Economie et conseiller de Poutine. Il est un expert de l’innovation et de la rationalisation au profil de technocrate ; il a, par exemple, coordonné efficacement la construction de drones en Russie. Nul doute qu’il représente l’option « économie de guerre », gestion de l’effort national, complexe militaro-industriel, tout ce que Choïgou était bien incapable d’assumer.

Par-dessus tout, la nomination d’Andreï Belaoussov souligne à quel point l’économie russe tout entière s’est adaptée à la guerre pour soutenir sa croissance (+3,6 % en 2023). La Russie alimente et poursuit un modèle économique qui n’a vraiment rien de rassurant pour les démocraties.

Christian Makarian

 

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