A cinq jours du premier tour des législatives anticipées, un débat télévisé a rassemblé hier soir sur TF1 le Premier ministre Gabriel Attal, le président du Rassemblement national Jordan Bardella et l’insoumis Manuel Bompard. 1h45 de passes d’armes sur le pouvoir d’achat, les retraites, et la nationalité, qui a tourné parfois au bras de fer entre Bardella et Attal.
« Ce débat n’a pas fait bouger une voix » a estimé Ruth Elkrief dans Esprits Libres. L’éditorialiste constate même un recul sur la réforme des retraites, pointant que « les deux opposants principaux », Jordan Bardella et Manuel Bompard, « après avoir passé une année à protester », ont finalement mis de l’eau dans leur vin.
« La retraite à 60, c’est visiblement mort et enterré, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle vu la situation démographique de la France », note-t-elle, dénonçant tout même une forme de trahison par rapport « aux promesses faites aux électeurs ».
Selon elle, le représentant du Nouveau Front Populaire Manuel Bompard, « a assuré » grâce à son « expérience », mais sur le fond, il a transmis un message très radical. Elle pointe une forme de « double message » : « il arrondissait les angles dans son discours – et il s’est pas mal débrouillé -, en revanche il avait derrière lui les tenants de la ligne la plus dure de LFI ». Le signe que les Insoumis dominent l’alliance de la gauche, malgré des discours « un peu ronds », analyse-t-elle.
Une personnalisation des débats
Le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, qui n’était pas présent lors de ce débat, a multiplié les messages sur X en critiquant le dispositif télévisuel de ce débat. Une opinion que Marc Lambron n’est pas loin de partager.
On a compris que Bompard va être continuellement interrompu. Des journalistes comme ça rendent inutiles les debatteurs du RN et de Macron. #LeDebatTF1
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) June 25, 2024
L’Académicien dit avoir un « problème avec ces débats minutés, avec une segmentation obligée de la parole sur un rythme qui épouse le zapping télévisuel ». Il plaide pour faire de la politique « autrement ». L’homme de lettres a surtout été frappé par la personnalisation de ces débats et par certaines formules : « Je propose », « je ferai » .
Surprenant pour des élections législatives, et pour des personnalités qui ne sont pas forcément légitimes à moyen terme : « Gabriel Attal ne sera probablement plus Premier ministre dans trois semaines, et Jordan Bardella n’est pas sûr d’avoir la majorité absolue qui lui permettrait de l’être ». Il pointe un côté « parade rhétorique gagée sur de l’hypothèse, voire de l’irréel ».
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Sur la forme, Marc Lambron regrette « l’élégance féroce » qui pouvait exister chez les politiques dans les années 80 et 90. « Aujourd’hui je trouve la férocité est restée, mais que l’élégance a disparu ». Le résultat de cette rencontre qui se jouait en même temps que France-Pologne, dans le cadre de l’Euro de football ? « C’est aussi un match nul ».
Béatrice Mouedine
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