En réponse à une tribune signée par Marine le Pen dans Les Echos, dans laquelle la présidente du Rassemblement National expose les grandes lignes de son programme économique visant à remédier à la croissance de la dette publique, le président du conseil d’administration de Safran Ross McInnes s’est à son tour fendu d’un billet dans le quotidien. Il est l’invité de la matinale de Radio Classique.
Le 1er mars, Ross McInnes a publié dans le journal Les Echos une tribune visant à critiquer le programme économique du Rassemblement National. Celle, publiée quelques jours plus tôt par sa présidente, « appelait une réponse des acteurs de l’économie réelle » en raison de ses propositions « révélatrices de l’absence de programme économique d’un parti qui se présente comme un parti de gouvernement », estime le président de Safran.
Le programme économique du RN « n’existe pas », selon Ross McInnes, qui constate que « sur vingt-deux propositions, deux ou trois traitent de sujets économiques ». Il dénonce un programme « national-populiste » et « national-protectionniste ».
Une incohérence totale
L’homme d’affaires critique d’abord le manque d’équilibre des finances publiques dans le programme prévu par le RN, qui permettrait au parti d’extrême-droite de « se lancer dans toutes les propositions démagogiques et populistes » possibles. Il dénonce l’« incohérence totale » d’un programme qui souhaite voir la France « continuer à beaucoup exporter », tout en « important le moins possible » et qui organiserait de nombreuses baisses dans les recettes publiques sans proposer la manière de les compenser.
« Quand on critique la croissance de la dette publique, cela parait un peu court », souligne-t-il. « La maitrise des finances publiques est essentielle pour la crédibilité du pays », martèle également également le président de Safran, qui voit dans le programme du RN une « dystopie » économique.
« La politique n’est pas un domaine réservé »
En voulant remplacer l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), actuellement en vigueur, par un « impôt sur la fortune financière », le RN aurait aussi « déclaré la guerre à l’économie ». Pour Ross McInnes, il faudrait « au contraire encourager l’épargne française vers des placements long terme, y compris boursiers » afin de réinvestir l’actionnariat du CAC40, « très largement dominé aujourd’hui par des institutionnels anglo-saxons ».
Il s’oppose également vivement aux prises de position de Marine Le Pen sur la question de l’immigration économique. Pour la présidente de l’ancien Front National, les emplois dits peu qualifiés seraient « trustés par les immigrés » et contribueraient « très peu » en termes de fiscalité et de prélèvements sociaux. « Ces emplois sont nécessaires, ils doivent être pourvus », objecte Ross McInnes. « Le fait qu’ils génèrent des recettes sociales moindres n’a rien à voir avec la couleur de peau ou l’origine de ceux qui les occupent. »
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« La politique n’est pas un domaine réservé », souhaite rappeler l’industriel, qui défend le fait qu’« un dirigeant qui s’exprime à titre personnel peut et doit contribuer au débat » public et est légitime à s’exprimer « sur des sujets socio-économiques qui sont susceptibles d’avoir un impact négatif sur la santé de nos entreprises ». Sa conclusion sonne comme un appel à ses confrères : « Je suis peut-être le premier, mais j’espère bien ne pas être le seul ».
Ella Couet
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