Le premier ministre Gabriel Attal est chargé de former son futur gouvernement, au lendemain de sa nomination par Emmanuel Macron. Il a d’ores et déjà en ligne de mire les élections européennes du 9 juin, pour lesquelles « il aura un rôle important à jouer » selon Martial Foucault, politologue invité de la matinale de Radio Classique ce mercredi.
A 34 ans, Gabriel Attal devient le plus jeune premier ministre de l’histoire de la Ve république, détrônant le socialiste Laurent Fabius, qui avait été nommé à ce poste à l’âge de 37 ans en 1984.
Le premier ministre veut « effacer en quelque sorte son très jeune âge pour indiquer que la crédibilité de l’action qu’il va conduire doit s’imposer auprès des futurs membres de son gouvernement », analyse le politologue Martial Foucault.
« Ce ne sera pas une tâche facile puisque les rumeurs indiquent qu’un certain nombre de ministres de l’ancien gouvernement n’étaient pas très favorables à sa nomination ». Parmi les noms cités de ces quelques réfractaires, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, mais aussi Richard Ferrand.
Les « classes moyennes » au cœur de l’action de Gabriel Attal
Selon le directeur du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po), Gabriel Attal entend affirmer rapidement son « principal marqueur idéologique » : le « pragmatisme ».
Par ailleurs, l’ancien ministre de l’Education nationale se démarque de ses prédécesseurs par la volonté d’engager un « combat politique ». Martial Foucault estime qu’il « s’est éloigné d’une vision très ou trop technocratique de l’action publique », incarnée par Edouard Philippe, Jean Castex et Elisabeth Borne.
Hier, le nouveau premier ministre a indiqué que « les classes moyennes seraient au cœur de son action », ajoutant qu’ils « étaient le cœur battant de notre pays, artisans de la grandeur et de la force de notre nation ». La « grandeur » est un terme très « gaullien », estime le politologue, qui fait écho aux déclarations d’Emmanuel Macron du 31 décembre 2023, lorsqu’il parlait du « réarmement » du pays sur de nombreux plans.
La décision du Conseil Constitutionnel sur la loi immigration, son « premier obstacle »
Si le combat politique que Gabriel Attal souhaite mener est clair, ce n’est pas le cas des « grandes lois » que celui-ci veut porter en tant que premier ministre. Martial Foucault estime que le premier rendez-vous sera la décision du Conseil constitutionnel le 25 janvier prochain à propos de la loi immigration votée avec grande difficulté en fin d’année dernière.
Ce sera un « premier obstacle » et un « chantier qui n’est pas des moindres », puisque c’est cette loi qui a provoqué à la fois « la démission d’Elisabeth Borne et ce chambardement au sein de l’exécutif ».
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Enfin, il ne faut pas oublier que « la nomination de Gabriel Attal ne peut pas être étrangère à l’échéance des élections européennes de juin prochain », pour lesquelles « il aura un rôle important à jouer ». Son principal adversaire, jeune tout comme lui, sera Jordan Bardella qui mènera la liste du Rassemblement National. Pour Martial Foucault, le nouveau premier ministre est « peut-être le premier héritier du macronisme » : « cela va peser notamment si l’on pense à l’échéance présidentielle de 2027 ».
Paul Cassedanne
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