La planète est désormais entrée dans « l’ère de la faillite mondiale de l’eau », alerte un rapport de l’ONU. Il ne s’agit plus simplement d’une « crise de l’eau », mais d’une perte irréversible provoquée, notamment, par les activités agricoles et industrielles. Invité de la matinale, le philosophe et écrivain Gaspard Koenig, auteur du roman Aqua (éditions de l’Observatoire), réagit à cette déclaration choc et partage sa réflexion sur la réalité de l’eau en France et dans le monde.
« Dès qu’on commence à parler avec les hydrologues et hydrogéologues, que ce soit en France ou dans le monde, il suffit de voir qu’aujourd’hui Ankara et Téhéran sont menacées de rupture d’eau à cause de sécheresses pluriannuelles qui se répètent », rappelle Gaspard Koenig. Il soulève que la communauté scientifique n’est pas surprise par l’alerte de l’ONU : « C’est parfaitement anticipé par les scientifiques et très clairement énoncé dans les rapports du GIEC. »
En France, la prise de conscience progresse quant à la qualité de l’eau, mais la question de la quantité reste négligée. « On a toujours l’impression que c’est une ressource infinie. On ne sait plus d’où elle vient, on appuie sur le bouton du robinet ou de la douche et ça coule naturellement, on ne s’interroge même plus sur la provenance de cette eau. » Il s’étonne du manque de connaissances sur le cycle de l’eau, même chez des personnes instruites : « Des gens très érudits me demandaient si l’eau qu’on buvait était l’eau tombée du ciel. Eh bien oui, l’eau qu’on boit est de l’eau de pluie. »
L’eau, une ressource loin d’être inépuisable
Dans son roman Aqua, Gaspard Koenig a choisi de confronter ses personnages à ce naufrage en Normandie, région réputée pour ses précipitations abondantes. « Aujourd’hui, ça paraît presque naturel en Espagne ou dans les Pyrénées-Orientales, mais on ne s’attend pas à ce que ça monte au cœur de notre pays. » Il explique que ce qui inquiète les scientifiques, ce n’est pas tant la diminution du niveau global des précipitations, mais leur répartition et leur saisonnalité. « Ça perturbe complètement le cycle de l’eau et ça dépend aussi des géologies. Par exemple, dans l’ouest de la Normandie, qui est granitique, le cycle de l’eau est extrêmement court parce qu’il n’y a pas de réserve. »
L’invité de David Abiker souligne que, malgré l’oubli, de nombreux villages sont encore alimentés par des sources locales, souvent dissimulées derrière de modestes cabanons de béton. « Ce que je voulais opposer, c’est ce savoir vernaculaire qui a un sens, parce que même s’il ne peut pas s’expliciter, il vient d’une pratique empirique du territoire qui porte aussi une forme de scientificité et de solution, et auquel s’intéressent beaucoup les hydrologues aujourd’hui. »
Des crises à répétition, des solutions à (ré)inventer
La sécheresse de 2022 a frôlé la rupture d’eau dans certaines communautés normandes. « À quelques jours près, les réservoirs se sont à nouveau remplis. Mais il est très clair que nous allons affronter des sécheresses pluriannuelles […]. À ce moment-là, le problème va devenir patent. » Pour Gaspard Koenig, la crise peut aussi être un moment de réinvention collective : « Dans la crise, des solutions se dégagent et on réapprend à faire communauté, à faire village. »
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L’auteur partage ses propres pratiques, entre citerne de récupération d’eau de pluie, puits et traitement par UV. Mais il relativise : « Après avoir écrit ce livre, je suis devenu moins économe de mon eau. Parce que je me suis aperçu que la consommation humaine, ce n’est vraiment pas le cœur du problème. Le cœur du problème, ce sont les usages agricoles et industriels, les conflits à venir autour de ces usages. »
Daphnée Cataldo
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