Crise politique : « les gens de qualité n’ont pas envie d’aller en politique » estime Raphaël Doan

Cesar VILETTE/OLA NEWS/SIPA

La France ne dispose toujours pas d’un budget 2026 et le fossé semble se creuser entre la vie politique et les préoccupations du quotidien. Fatigue, exaspération, perte de confiance, les Français doutent plus que jamais de leurs représentants. Invité de la matinale, Raphaël Doan, conseiller au cabinet Accuracy et auteur de Faire de la France une démocratie aux Editions Passés Composés, analyse cette crise profonde en s’appuyant sur l’histoire et les principes fondateurs de la démocratie.

Pour Raphaël Doan, le diagnostic est sans appel : « les Français sont assez lucides sur la médiocrité du personnel politique. Ils voient bien que la plupart sont totalement nuls. […] La plupart d’entre eux ne comprennent parfois même pas la loi qu’ils font. » S’il reconnaît l’existence d’exceptions, il estime que cette perception négative mine durablement la confiance dans les institutions.

Contrairement aux idées reçues, il affirme que les politiques ne s’enrichissent pas : « il y a l’idée qu’ils seraient corrompus, mais c’est le contraire, ils sont plutôt là pour s’appauvrir. » Une réalité qui contribuerait paradoxalement à éloigner de la politique les profils les plus compétents, rebutés par une carrière politique jugée ingrate et inefficace, où l’utilité publique semble réduite, entretenant ainsi un système toxique. « Cela entraîne un mouvement, un cercle vicieux où les gens de qualité n’ont pas envie d’aller en politique, pas seulement parce qu’on ne serait pas assez payé en politique, mais aussi parce que c’est pénible et sacrificiel. On n’a pas l’impression de servir à grand chose dans l’Etat actuel. »

Une défiance nourrie par le niveau du personnel politique

L’invité de la matinale point également les limites du fonctionnement actuel : « le problème du compromis dans un système parlementaire comme on l’a aujourd’hui, c’est qu’en fait les négociations se font après le vote des électeurs. Les électeurs votent et après les partis se mettent d’accord entre eux, de manière totalement indépendante de ce que les Français voulaient, pour trouver quelque chose qui, en plus, aboutit à un résultat médiocre. Si on arrive à faire passer ce budget [2026], ce sera probablement un des pires budgets de la Ve République. » Ce dernier ne correspondrait ni aux programmes, ni à la volonté exprimée dans les urnes.

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L’auteur rappelle ce qu’était la démocratie à Athènes : « le pouvoir du peuple, c’est quand les citoyens eux-mêmes votent la loi, pas des représentants. » Une confusion persiste aujourd’hui, estime-t-il, « on a confondu l’idée du régime parlementaire avec la démocratie. Ce sont deux choses tout à fait différentes. »

Daphnée Cataldo

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