La motion de censure déposée par La France insoumise n’a pas réuni les voix nécessaires pour renverser le gouvernement. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a échappé à la censure à 18 voix seulement. Invité de la matinale, Dominique Reynié, politologue, livre une analyse de la situation politique française et du rôle désormais affaibli d’Emmanuel Macron.
Pour Dominique Reynié, la crise dépasse le simple rapport de force entre majorité et opposition. Elle révèle un épuisement du système politique : « Aujourd’hui, nous avons un pouvoir présidentiel qui n’a plus aucune assise : il n’a pas de majorité, il n’en aura pas dans le futur, il n’a aucun soutien de l’opinion… Son Premier ministre reconnaît lui-même qu’il ne peut pas vraiment exercer le pouvoir et s’en remet à des députés incapables de former une majorité. En quelque sorte, nous sommes pour la première fois dans une situation où le pouvoir se vide. » Un vide institutionnel inédit, selon lui, où ni le président, ni l’Assemblée, ni les partis ne semblent en mesure d’exercer une autorité politique réelle.
Chaque formation agit désormais en électron libre, sans stratégie commune ni capacité de gouverner : « Aucun parti politique ne peut prétendre maîtriser la situation ou orienter la politique du pays. Tout est laminé. » Cette impuissance collective ouvre la voie à un risque majeur : le désengagement massif des citoyens. « Le risque est que les Français considèrent qu’il n’y a plus aucune issue du côté de la politique organisée et institutionnalisée. Elle fonctionne sans nous, sans majorité, sans appui du président élu. »
La fin d’un cycle institutionnel ?
Selon Dominique Reynié, ce que la France vit actuellement ressemble à l’effondrement du modèle politique de la Ve République. « C’est la fin d’une pièce centrale qui était un pouvoir politique fort, placé entre les mains de certains par le suffrage universel, et répondant devant les électeurs. Tout ceci est littéralement épuisé aujourd’hui. » Pour le politologue, l’élection présidentielle, censée être le cœur battant du système, en est devenue le poison : « elle empêche tout compromis, elle amène tous les acteurs à jouer pour eux-mêmes, seuls, une partition totalement narcissique. »
L’absence de censure, loin d’être une victoire pour le gouvernement, illustre selon l’invité de David Abiker un « accord de survie » au détriment du pays : « l’accord de non-censure se fait sur le dos du pays des générations futures, sur le dos des jeunes… Eux, qui ne s’intéressent pas toujours à la politique, n’ont pas eu le temps ou la possibilité de saisir qu’ils étaient véritablement sacrifiés. » Faut-il alors craindre une poussée inexorable du Rassemblement national ? Le politologue tempère : « il ne faut pas toujours penser que le RN va triompher. Dans la situation actuelle, nous pouvons avoir une France qui se retire et qui dit : « je sauve ma mise, je n’y crois plus. » C’est l’abstention. Certains quittent le jeu électoral pour faire de la politique autrement, dans la rue, par la protestation. » Un désengagement démocratique qui fragilise encore davantage les institutions.
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Pour Dominique Reynié, le système politique français est à bout de souffle : « il n’est plus en mesure de générer une solution. Ce que l’on peut imaginer, c’est une grande cassure, douloureuse et même traumatisante, mais c’est la possibilité d’une refondation. Cela ne viendra pas d’un parti ou d’un chef élu au suffrage universel. »
Daphnée Cataldo
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