Robert Badinter au Panthéon : « Il était un des derniers grands hommes » salue l’historien Jean Garrigues

JEANNE ACCORSINI/SIPA

Honoré pour avoir aboli la peine de mort en 1981, Robert Badinter entre ce jeudi 9 octobre au Panthéon. Invité de la matinale, Jean Garrigues, politologue et historien, lui rend hommage à travers son ouvrage Les avocats de la République (Odile Jacob), dans lequel il célèbre des figures ayant défendu des valeurs de la République.  

« Robert Badinter était un des derniers grands hommes. Son discours sur l’abolition de la peine de mort, l’incarnation de l’humanisme républicain qu’il représentait, font de lui quelqu’un qui méritait sa place dans cette sorte de Panthéon littéraire que j’ai voulu écrire », confie Jean Garrigues. Ministre de la Justice sous François Mitterrand, avocat au barreau de Paris, Robert Badinter a consacré sa vie à défendre la dignité humaine. Pour l’historien, il incarne des valeurs humanistes et universalistes aujourd’hui fragilisées : « on peine à retrouver des hommes politiques capables d’incarner, par les mots, par le discours et même par leurs actions, ce continuum républicain que nous avons connu depuis la Révolution française. On a aujourd’hui une classe politique de technocrates, de gestionnaires et des gens qui ne sont plus à la hauteur de la mythologie républicaine. »

Outre l’abolition de la peine de mort, Robert Badinter a lutté contre l’antisémitisme, le négationnisme et l’homophobie. Il a également œuvré pour l’amélioration des conditions de détention et la création d’une justice internationale après la guerre de l’ex-Yougoslavie. Son engagement trouve ses racines dans son histoire personnelle, marquée par la déportation de son père pendant la Shoah. « Ce traumatisme a fait de lui un champion de la lutte contre l’antisémitisme », rappelle l’historien. « C’était un combat constant, qu’il considérait comme une gangrène pour nos sociétés. »

Défendre l’universalisme républicain

Robert Badinter portait une conviction : les valeurs de la République doivent être défendues et adaptées sans jamais être trahies. « Il croyait à un universalisme républicain, et défendait l’idée de s’y accrocher fermement, en même temps que les adapter, les moderniser selon l’évolution des sociétés », souligne l’invité de David Abiker.

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Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Pour Jean Garrigues, la question se pose : « Comment raccorder Robert Badinter à ce qui se passe aujourd’hui ? Justement, en se rappelant de son attachement à la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité qui sont des fils conducteurs de notre histoire. Quand un président de la République n’incarne plus ses valeurs, le rôle de père de la patrie, c’est beaucoup plus difficile de se raccrocher à cette incarnation qu’était Robert Badinter. » Jean Garrigues rappelle ce que l’ancien garde des Sceaux symbolisait avant tout : la force des mots et la puissance de l’art oratoire au service de la République. « Ces hommes, formés à l’éloquence du barreau, ont su défendre la République et lui donner une voix. Robert Badinter était de ceux-là. »

Daphnée Cataldo

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