SVETLANOV Evgeny – biographie

(1928-2002) Chef d'orchestre

Evgeny Svetlanov conserve pendant 35 ans la direction du très officiel Orchestre Symphonique d’Etat d’URSS. C’est moins que Mravinsky à Leningrad, mais c’est tout de même remarquable. D’autant qu’il bat largement le record du nombre d’enregistrements, près de 3 000, dont une exceptionnelle anthologie de la musique russe depuis l’époque romantique. Le Poème de l’extase de Scriabine lui est devenu étroitement associé depuis son interprétation à Londres en 1968.

 

Evegny Svetlanov en 10 dates :

  • 1928 : Naissance à Moscou
  • 1951 : Admission au Conservatoire de Moscou
  • 1962 : Nommé premier chef d’orchestre du Bolchoï
  • 1965 : Directeur de l’Orchestre Symphonique d’Etat d’URSS
  • 1968 : Le Poème de l’extase de Scriabine à Londres
  • 1978 : Composition de sa Rapsodie n°2 pour orchestre
  • 1992 : Festival international de Colmar
  • 1999 : Dernier concert au Bolchoï
  • 2000 : Renvoi de son poste de l’Orchestre Symphonique de Russie
  • 2002 : Mort à Moscou

Chef d’orchestre assistant au Bolchoï, Svetlanov connaît bien la maison puisque sa mère y a fait sa carrière de cantatrice.

Enfant, il monte sur scène pour incarner le fils de Madame Butterfly. Sa mère chante les rôles titres des opéras du Bolchoï et Svetlanov s’imprègne ainsi du répertoire. Il appprend le piano auprès d’une élève de Medtner, compositeur dont il défendra toujours l’œuvre pianistique, puis du grand professeur Neuhaus. Il est ensuite admis au Conservatoire de Moscou en classes de composition et de direction d’orchestre, avec comme professeur Alexander Gaouk, fondateur de l’Orchestre Symphonique d’Etat. Il en sort diplômé en 1955 et prend le poste de chef assistant au Bolchoï. Son premier opéra est La Pskovitaine de Rimsky-Korsakov, qu’il apprécie beaucoup et reprendra souvent. C’est d’ailleurs avec cette œuvre qu’il fera ses adieux au Bolchoï en décembre 1999. Promu premier chef d’orchestre, il dirige tous les opéras russes de la grande maison. Et en 1965, il est nommé à la direction de l’Orchestre Symphonique d’Etat d’URSS, qu’il va conserver jusqu’en 2000.

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L’Europe de l’Ouest découvre Svetlanov lors d’un concert au Royal Albert Hall de Londres en 1968.

L’une des premières tournées hors d’URSS de l’Orchestre Symphonique d’Etat donne lieu aux concerts mémorables des 21 et 22 août 1968 aux Prom’s de Londres, au moment même de l’invasion de la Tchécoslovaquie. L’interprétation magistrale de la 10ème Symphonie de Chostakovitch, du Concerto pour violoncelle de Dvorak avec Rostropovitch, puis du Poème de l’extase de Scriabine, une œuvre alors peu connue, réussit à enthousiasmer un public pourtant circonspect envers les musiciens soviétiques (l’enregistrement permet d’entendre les cris hostiles avant le début du concert). Le crescendo final du poème symphonique de Scriabine, longuement tenu par Svetlanov, devient mythique, exprimant une transcendance musicale rarement atteinte.

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Svetlanov continue de composer, avec une sensibilité russe proche de Rachmaninov.

Sa première œuvre, écrite à 20 ans, est un quatuor à cordes; sa dernière, une Rapsodie pour orchestre, à 50 ans. Appelée « juive », celle-ci rend hommage à son ami le compositeur bulgare Vladigerov, décédé en 1978. Ses autres compositions comprennent des pièces pour piano et des œuvres symphoniques, comme Images d’Espagne pour grand orchestre, et un Poème pour violon et orchestre, en l’honneur de David Oistrakh. Elles ne sont guère jouées aujourd’hui, mais peut-être l’avenir décidera-t-il de réveiller ces partitions oubliées.

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Svetlanov vient souvent diriger en France après l’ouverture à l’Ouest.

Avec son Orchestre désormais « de l’Etat de Russie », Svetlanov noue une relation étroite avec le Festival international de Colmar, où il vient chaque année de 1992 à 1995. Il donne trois concerts mémorables à l’été 1994, avec des œuvres de Debussy, Ravel, Falla, Rimsky-Korsakov, Glinka, Miaskowski et Mahler (la 6ème Symphonie) qui impressionnent le public, fasciné par son style de direction qui alterne expressivité et sobriété. On le voit souvent les deux bras ouverts, n’hésitant pas à s’engager dans des élans lyriques, puis s’arrêtant presque de diriger pour écouter jouer son orchestre. Les Français l’apprécient beaucoup et l’invitent au Festival de Radio France à Montpellier, où il dirige Madame Butterfly en 1996.

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En 2000, Svetlanov est licencié de l’Orchestre de Russie pour absentéisme et décède peu après.

Après trente-cinq ans de bons et loyaux services auprès de l’Orchestre d’Etat de Russie, il est jugé trop absent. De fait, il est en même temps directeur de l’Orchestre de La Résidence de La Haye et chef invité principal à Londres. Il est licencié par le ministre de la culture russe en avril 2000, peut-être sous la pression de quelques musiciens. Très affecté par cette injuste mise à l’écart, il décède en mai 2002 à Moscou, après avoir donné son dernier concert à Montpellier.

Evgeny Svetlanov dirige la Symphonie Pathétique de Tchaïkovsky en 1978

 

En 2005, l’Orchestre symphonique national de Russie prend son nom pour lui rendre hommage, et en 2007 un Concours international de chefs d’orchestre est créé en sa mémoire. La première édition a lieu au Luxembourg et les suivantes en France, organisées par René Koering. A noter que l’édition de 2018 à Paris n’avait pas décerné de premier prix.

 

Philippe Hussenot

 

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