PENDERECKI Krzysztof – biographie

1933-2020 Epoque contemporaine

Un labyrinthe de plus d’une centaine d’opus : ainsi apparaît l’œuvre du Polonais Krzysztof Penderecki, l’un des compositeurs les plus marquants et les plus controversés de notre temps. Elle embrasse toutes les esthétiques du XXe siècle avec des partitions volontiers tragiques et spectaculaires, comme la Passion selon saint Luc ou le Requiem Polonais.

 

Krzysztof Penderecki en 10 dates :

1933 : Naissance à Debica, en Pologne, le 23 novembre

1959 : Remporte les trois Premiers Prix du Concours de composition de Varsovie

1960 : Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima

1965 : Création dans la cathédrale de Münster, en Allemagne, de la Passion selon saint Luc.

1969 : Création de son premier opéra Les Diables de Loudun.

1976 : Concerto pour violon n°1 pour Isaac Stern.

1984 : Création du Requiem Polonais.

1986 : Création au Festival de Salzbourg de l’opéra Le Masque noir.

2002 : Concerto pour piano « Résurrection », en réaction aux attentats du 11 septembre.

2020 : Mort à Cracovie le 29 mars.

 

Ouverture en fanfare pour un compositeur débutant de 25 ans seulement

La carrière de Krzysztof Penderecki débute par un coup de tonnerre : en 1959, à 25 ans seulement, il remporte les trois Premiers Prix du Concours de composition de Varsovie, dont le jury évaluait les œuvres « à l’aveugle ». Sa carrière est lancée. Très vite, des œuvres instrumentales comme Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima ou Fluorescences l’imposent comme l’une des voix essentielles de la nouvelle génération. Inspirées par la musique d’avant-garde atonale et par l’électro-acoustique, alors balbutiante, ces partitions très inventives regorgent de techniques et sonorités inhabituelles : clapotis de cordes, glissandos gémissants, grincements, halos, clusters, etc. On parle alors de bruitisme, ou de « sonorisme ».

 

La démesure d’ambiances cauchemardesques et d’évocations apocalyptiques

Les chefs-d’œuvre de cette période sont l’oratorio Passion selon Saint-Luc et l’opéra Les Diables de Loudun. Des œuvres vocales marquées par le dramatisme et la démesure d’ambiances cauchemardesques et d’évocations apocalyptiques ; des œuvres de résistance anti-communiste, cherchant par ailleurs à raviver des traditions moribondes (la Passion, l’art lyrique) en leur apportant un nouveau souffle, vivifiant. « Au début des années 1960, nous confiait Penderecki en 2003, je pensais que seule la musique électronique resterait, que tout le reste finirait au musée, que l’on n’écrirait plus d’oratorios, et que les symphonies étaient démodées. En fait, j’ai moi-même fait renaître l’oratorio, je me suis intéressé à la forme symphonique. Les orchestres n’ont pas disparu… Au contraire, il y en a plus que jamais ! »

 

Tous fans de Penderecki, des stars du classique et du rock aux grands cinéastes

Dans les années 1960, Penderecki incarnera ce paradoxe d’être un compositeur d’avant-garde accessible au plus grand nombre. Succès public qui ne le quittera jamais, auprès des interprètes classiques (de Mstislav Rostropovitch à Anne-Sophie Mutter, de Lorin Maazel à Valery Gergiev), des artistes pop et électro (de Radiohead à Aphex Twin et bien d’autres) ou du monde du cinéma. Sa musique marque en effet des films aussi importants que The Shining de Stanley Kubrick, Sailor et Lula ou Inland Empire de David Lynch, Shutter Island de Martin Scorcese ou encore Katyń d’Andrzej Wajda.

 

Un nouveau départ ou un renoncement ? La polémique Penderecki

Cependant, au début des années 1970, Penderecki connait, comme la plupart des compositeurs de sa génération (et notamment ses compatriotes Górecki et Lutosławski), une période de doute et de remise en cause. Son nouvel élan va coïncider avec un retour aux racines et une recherche accrue d’unité. Ainsi, le Concerto pour violon n°1, créé en 1976 par Isaac Stern, est une œuvre marquée par l’influence du post-romantisme. De même, dans la Deuxième Symphonie (1980) et les suivantes, le compositeur semble suivre à la lettre le précepte de Gustav Mahler, pour qui « la symphonie signifie la construction d’un monde, par le recours à tous les moyens techniques disponibles ». Son œuvre sera désormais synthétique et susceptible, selon ses mots, « de préserver, pour les générations à venir, tout ce que le XXe siècle a apporté de meilleur dans l’histoire de la composition des sons ».

Souvent décrite comme un retour à une tradition obsolète, parce que Penderecki n’y poussait pas plus avant ses recherches sonores, cette esthétique a plutôt révélé sa vraie nature, qui perçait déjà dans la plupart de ses œuvres de jeunesse. Dans ses huit symphonies, mais aussi ses nombreux concertos, Penderecki cherche à inscrire ses gestes musicaux sur un temps long, avec un sens du spectaculaire – jusqu’à la grandiloquence – qui vise avant tout à l’expression. Ces qualités, ajoutées à un sens inné de la forme, à un indéniable talent d’orchestrateur, font de Penderecki l’héritier le plus accompli de Chostakovitch.

 

Une œuvre engagée, œcuménique et syncrétique, où l’on distingue la Symphonie n°7 « Les Sept Portes de Jérusalem »

Après la Passion selon saint Luc, de nouvelles œuvres chorales voient le jour : un Te Deum dédié au pape Jean-Paul II à l’occasion de son élection, un Requiem Polonais dont l’écriture a débuté après une commande du syndicat Solinarnosc, ou encore un éloquent Credo. Fortement marqué par le catholicisme, Penderecki n’en fait pas moins preuve d’œcuménisme, intégrant volontiers dans ses œuvres des chants protestants (Psaumes de David), orthodoxes (Utrenya) ou juifs (Kadich), une approche synthétisée dans la grandiose Symphonie n°7, sous-titrée « Les Sept Portes de Jérusalem » (1997) pour soliste, chœur et orchestre.

 


Krzysztof Penderecki dirige Kadysz au Festival Warszawa Singera 2010

 

Ses dernières années sont plus éclectiques que jamais. Non sans répétitions et pannes d’inspiration, son catalogue s’enrichit de concertos virtuoses (celui pour piano, pour trois violoncelles, pour cor, etc.), de musique de chambre (dont le Quatuor à cordes n°3), de pièces vocales marquées par l’influence littéraire de la culture allemande et orientale (Symphonies n°6 et n°8), de pièces « polonaises » (« A sea of dreams did breathe on me… », une merveille dédiée à la mémoire de Chopin) ou d’une Missa brevis décantée, a cappella.

Prise dans son ensemble, l’œuvre de Penderecki témoigne avec force des drames du XXe siècle et des difficultés inhérentes à la condition humaine. Par sa prolixité et ses recherches, elle évoque une tentative désespérée d’unité et de réconciliation.

 

Bertrand Dermoncourt

 

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