KHATCHATURIAN Aram – biographie

(1903-1978) 20ème siècle

Une seule pièce, la Danse du Sabre extraite du ballet Gayaneh a occulté l’œuvre attachante de Khatchaturian, compositeur géorgien d’origine arménienne. Sous le régime soviétique, il a a concilié avec bonheur, une écriture symphonique parfois élaborée avec les traits des folklores des peuples du Caucase.

 

Aram Khatchaturian en 10 dates :

  • 1903 : Naissance à Tbilissi
  • 1922 : Entrée à l’Académie de musique Gnessine de Moscou
  • 1929 : Entrée au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou
  • 1934 : Symphonie n°1
  • 1936 : Concerto pour piano
  • 1940 : Concerto pour violon
  • 1942 : Création du ballet Gayaneh
  • 1950 : Professeur à l’Académie de musique Gnessine et au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou
  • 1954 : Achèvement du ballet Spartacus
  • 1978 : Mort à Moscou

 

Le génial mélodiste originaire du Caucase envisage des études de biologie

Originaire d’Arménie, la famille Khatchaturian s’établit en Géorgie à la fin du XIXe siècle. Cadet d’une fratrie de cinq enfants, Aram découvre la musique dans un pensionnat qu’il quitte à l’âge de 18 ans. Il se destine à une carrière de commerçant, avant de rejoindre l’un de ses frères à Moscou et de choisir la voie artistique. Il intègre l’Académie russe de musique Gnessine, travaillant à la fois le piano et le violoncelle, tout en entamant des études de biologie. Il se passionne finalement pour la composition et est admis au Conservatoire de Moscou dans les classes de Nikolaï Miaskovsky et de Reinhold Glière. Bien des années plus tard, en 1950, Khatchaturian enseignera dans les deux établissements, l’Académie russe de musique Gnessine et le Conservatoire de Moscou.

 

Le style de Khatchaturian, qui s’inspire tant des musiques folkloriques, séduit les plus grands solistes russes

Un Trio pour clarinette, violon et piano composé en 1932 est remarqué par Serge Prokofiev qui mène une carrière internationale de compositeur et de pianiste. Il n’aura de cesse d’aider son jeune confrère. Une Suite pour la danse voit le jour l’année suivante. Les rythmes et couleurs des danses azerbaïdjanaises, arméniennes et géorgiennes témoignent de la passion de Khatchaturian pour ces folklores qu’il recrée  jusque dans les répertoires et les formes les plus “classiques”. C’est le cas de sa Symphonie n°1 composée en 1934, à l’occasion du 15e anniversaire de la République soviétique d’Arménie. Suit l’une de ses pièces les plus fameuses, le Concerto pour piano, daté de 1936 et dédié au pianiste Lev Oborine, qui avait remporté dix ans plus tôt le premier Concours international de piano Frédéric Chopin à Varsovie. Khatchaturian bénéficie à nouveau des conseils avisés de Prokofiev. Quatre ans plus tard, le Concerto pour violon dédié à David Oïstrakh connaît un succès tout aussi retentissant. L’exotisme des deux partitions, foisonnantes d’idées, de rythmes du Caucase et d’une virtuosité débridée fait merveille. La notoriété internationale de Khatchaturian est acquise. Il se lance dans un Concerto pour violoncelle mais le succès n’est plus aussi notable. Il abandonne alors le genre pour se consacrer au ballet.

 

Le ballet, genre remis au goût du jour grâce à Tchaïkovski, fascine les compositeurs russes du XXe siècle

Grâce à ses ballets composés dès la Seconde Guerre mondiale, Khatchaturian est célébré en URSS. Il devient un musicien officiel du régime soviétique. Le ballet Gayaneh est plus qu’un succès : un triomphe ! Créé en 1942, au Théâtre de Perm, il célèbre l’héroïsme de personnages d’une ferme collective de l’Union Soviétique. Gayaneh, fille d’Avanes, le responsable du kolkhoze, participe à l’arrestation d’un espion. On y célèbre la force collective et l’amitié entre les peuples d’URSS. A la fin de l’œuvre, la Danse du Sabre devient un morceau d’anthologie qui va occulter, hélas, la qualité des autres numéros du ballet et devenir à lui seul la “carte de visite” du compositeur.

On pourrait croire Khatchaturian protégé contre toute attaque. Prix Staline en 1941 pour son Concerto pour violon, auteur de l’hymne de la République socialiste soviétique d’Arménie, il est pourtant accusé en 1948 de formalisme et de tendances antidémocratiques. Au même titre que d’autres artistes, certains illustres comme Prokofiev et Chostakovitch, il doit faire son autocritique et démissionner de ses fonctions au sein de l’Union des compositeurs.

La Danse du sabre de Gayaneh (Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Simon Rattle)

 

Les meilleurs musiciens soviétiques sont invités à composer pour le Septième Art et le théâtre

Le ballet Spartacus composé entre 1952 et 1954 s’impose sur les scènes russes. Le thème du prolétaire insurgé répond, en pleine Guerre froide, à l’idéologie soviétique. Khatchaturian compose non seulement pour divers chorégraphes et librettistes, mais aussi pour les réalisateurs d’une quarantaine de films (La Bataille de Stalingrad). Il répond à des commandes de propagande (Poème à la mémoire de Lénine, Ode à Staline). Des musiques de scène pour le théâtre, seule a subsisté celle de Masquerade qui est encore régulièrement jouée. Composée en 1941, elle est surtout connue pour sa remarquable valse. Hormis ses partitions à succès, Khatchaturian laisse à la postérité quelques pièces de valeur : une Toccata pour piano, une Sonate pour piano, trois concertos-rhapsodies ainsi que des œuvres de musique de chambre.

Cette personnalité profondément attachante fut saluée par ses confrères. Il ne porta jamais d’attaques contre eux, les soutint dans l’adversité et encouragea autant qu’il le put un certain dégel du régime à la mort de Staline. Khatchaturian entreprit également une carrière de chef d’orchestre et il eut le rare privilège de diriger et d’enregistrer dans les pays occidentaux.

 

Stéphane Friédérich

 

Plus de compositeurs