Sotheby’s met en vente des manuscrits de musique ancienne, issus de l’exceptionnelle collection d’Arnold Dolmetsch

©Sotheby's

Les 4 et 14 septembre, la maison de vente Sotheby’s à Londres va vendre aux enchères 126 documents issus de la collection personnelle d’Arnold Dolmetsch. Des pièces uniques et rares que ce violoniste, professeur de musique, luthier et facteur de piano et d’instruments à vents, a recueillies et restaurées tout au long d’une étonnante carrière vouée à la promotion de la musique ancienne.

Une édition d’un cours de violon de Leopold Mozart estimée à 50 livres

Un rare manuscrit du XVIIe siècle de musique pour luth italienne et française contenant 320 pièces dont les pavanes Lachrimae de John Dowlan; un manuscrit du XVIIIe siècle de partitions pour luth venus d’Allemagne, d’Autriche et de France, comprenant de nombreuses pièces du luthiste allemand Silvius Leopold Weiss; une importante collection d’éditions imprimées de compositions de Marin Marais, Domenico Scarlatti, GF Haendel, JP Rameau, François Couperin et Carl Philipp Emanuel Bach. Ce sont quelques-unes des plus belles pièces parmi les 126 que Sotheby’s va mettre en vente à Londres les 4 et 14 septembre.

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Ces documents d’archive ont été estimés par la maison de vente britannique à 50 livres (58 euros) pour les moins chers, comme ce cours de violon de Leopold Mozart édité en 1800, jusqu’à 180 000 £ (210 000 €), voire beaucoup plus, pour le fameux manuscrit pour luth italien et français (tablature française) datant de 1620. Ils sont tous issus de la collection personnelle d’Arnold Dolmetsch conservés à la Carl Dolmetsch Library d’Haslemere dans le Surrey (sa collection d’instruments est visible au Horniman Museum de Londres et ses journaux intimes et carnets d’adresses sont conservés à la bibliothèque de l’université de Cambridge). La dernière fois que certains des éléments de sa collection avaient été vendus aux enchères, c’était en 1901, lorsqu’Arnold Dolmetsch avait fait faillite et avait été contraint de vendre une grande quantité d’instruments anciens et autres rares documents. Heureusement, grâce à la générosité de proches, la plupart des lots lui avaient été restitués.

Hans Richter avait engagé Arnold Dolmetsch pour jouer au clavecin à Covent Garden

Réputé auprès des mélomanes et spécialistes de la musique classique, Arnold Dolmetsch est peu connu du grand public et c’est bien dommage tant son apport à la réhabilitation et à la promotion de la musique ancienne, à laquelle il a voué sa vie, est capital. Né en 1858 dans une famille de musiciens d’origine suisse, installée à Nantes, Arnold Dolmetsch y étudie le violon avant de rejoindre son père facteur d’orgue dans une entreprise locale. Jeune étudiant, il intègre le Conservatoire royal de Bruxelles où, à l’occasion d’un concert de musiques renaissance et baroque qu’il adore déjà, il découvre que les instruments anciens présents (luth, clavecin, régale, virginal, viole de gambe…) sont en très mauvais état et méritent autant d’attention que les instruments modernes.

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C’est à Londres où il accepte un poste de professeur de violon (au Durwich college) qu’Arnold Dolmetsch commence, selon une thèse de l’université de Lyon 2, à collectionner, à restaurer et même à fabriquer toutes sortes d’instruments anciens dont il joue en concert (notamment en 1897 au clavecin, à la demande d’Hans Richter à Covent Garden) et qui feront sa réputation comme ses fameux « pianos Beethoven ». Au début du XXe siècle il part aux États-Unis où il travaille chez un facteur de piano à Boston. Activité qu’il continuera d’exercer à partir de 1911 en France pour la célèbre maison Gaveau avant d’installer son propre atelier à Haslemere au sud de Londres où il créée en 1925 un festival de musique ancienne tout en continuant d’acquérir des dizaines de documents consacrés à sa passion et où il décéda en 1940.

Les flûtes à bec Dolmetsch ont été produites jusqu’en 2010

Mais si Arnold Dolmetsch est connu, en tant qu’artisan, pour les instruments anciens qu’il restaura et fabriqua, c’est grâce à un instrument beaucoup plus banal que son nom est internationalement réputé : la flute à bec, dont il devint l’un des plus grands spécialistes à cause d’un concours de circonstance tout à fait « baroque ». En effet, raconte Philippe Bolton sur le site flute-a-bec.com, la flûte à bec alto qu’il avait achetée au célèbre facteur londonien Bressan (alias Pierre Jaillard) fut malheureusement perdue, oubliée sur un quai de Waterloo Station. Et c’est cet événement qui le poussa à fabriquer un modèle pour la remplacer, et ensuite à en construire d’autres pour ses amis, sa famille (Carl, son dernier fils, devint d’ailleurs un flûtiste à bec renommé) puis des milliers de clients. La société Arnold Dolmetsch Ltd, spécialisée dans les instruments anciens, fabriqua et commercialisa ses modèles de flûtes à bec jusqu’à la fermeture de l’entreprise en mars 2010.

Philippe Gault

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