Mort de Nicolas Joël, ancien directeur de l’Opéra de Paris et du Théâtre du Capitole de Toulouse

Nicolas Joël, ancien directeur de l’Opéra de Paris et du Capitole de Toulouse, est mort à l’âge de 67 ans. Il a aussi été un metteur en scène, reconnu internationalement. Il était un fabuleux connaisseur des œuvres qu’il pouvait lui-même chanter par cœur. Il a travaillé avec les plus grands, et a découvert toute une génération d’artistes.

 

Nicolas Joël a travaillé auprès de Patrice Chéreau pour la Tétralogie de Wagner, au festival de Bayreuth

Avec la disparition de Nicolas Joël, le monde lyrique perd à la fois un metteur en scène et un directeur d’Opéra. C’est comme assistant que Nicolas Joël a fait ses débuts à l’âge de 20 ans. Il a notamment travaillé auprès de Jean-Pierre Ponnelle, ainsi que de Patrice Chéreau pour la mythique Tétralogie de Wagner au Festival de Bayreuth. Une Tétralogie qu’il mettra lui-même en scène en 1979, à l’âge de 26 ans pour les Opéras de Strasbourg et le Lyon.  Dès lors sa carrière est lancée, et les productions vont se succéder en France et à l’étranger.

 

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Au cours de sa carrière il a notamment mis en scène Placido Domingo et Shirley Verett dans Samson et Dalila , ainsi que Luciano Pavarotti  dans Aïda et Andrea Chenier, ou encore Jessye Norman dans Didon et Enée de Purcell. La liste de ses mises en scène est impressionnante, et sa vision des ouvrages témoigne de sa parfaite connaissance de l’opéra et des voix. « Il avait un amour absolu du théâtre, ainsi qu’un respect et un effacement devant les œuvres » témoigne Christophe Ghristi, l’actuel directeur du Capitole qui a travaillé avec lui pendant près de 20 ans, d’abord à Toulouse puis à l’Opéra de Paris, ces deux maisons dont Nicolas Joël aura été le directeur, de 1990 à 2009 pour le Capitole, puis de 2009 à 2014 pour Garnier et Bastille.

 

« C’était un homme qui aimait les chanteurs » se souviennent Roberto Alagna et Karine Deshayes

C’est à Toulouse que Nicolas Joël a signé son plus grand nombre de productions, environ vingt-cinq. Un peu moins à l’Opéra de Paris avec un total de sept mises en scène, dont deux alors qu’il était directeur. Mais il est un troisième lieu qu’il aura marqué de son empreinte, ce sont les Chorégies d’Orange. « C’était un sociétaire des Chorégies » s’exclame avec enthousiasme Raymond Duffaut, l’ancien directeur d’Orange.  « Il est venu une douzaine de fois. Tout d’abord en 1987 avec une superbe production du Vaisseau fantôme, puis la dernière fois en 2008 avec Faust.» se souvient Raymond Duffaut en rappelant que Nicolas Joël était « un homme de spectacle, doté d’une oreille extrêmement sûre. Il a aussi été un très grand patron d’opéra. Il a fait du Capitole ce qu’il est aujourd’hui. Et il a donné sa chance à de jeunes chanteurs ».

 

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Parmi eux figurent Roberto Alagna. « Je le connaissais depuis mes débuts de carrière. À l’époque mon répertoire était celui d’un ténor italien. Il a été le premier à entendre mon souhait d’aborder le répertoire français, et il m’a donné mon premier Roméo », témoigne Roberto Alagna qui se souvient d’un « homme qui aimait les chanteurs, les artistes. Il connaissait les œuvres par cœur, et dans ses mises en scène il nous laissait une certaine liberté. Il disait qu’il montrait un chemin, mais que c’était au chanteur de véhiculer le sentiment ». Autre artiste lyrique ayant travaillé avec Nicolas Joël, la mezzo-soprano Karine Deshayes. « Je lui dois beaucoup, à la fois au Capitole et à l’Opéra de Paris, où il m’a donné par exemple ma première Carmen, et ma première Elena de La Donna del Lago. J’ai adoré travailler avec lui. Il connaissait parfaitement le répertoire et les voix. Il aimait les chanteurs, il nous guidait et nous avions un rapport direct avec lui. Ses mises en scène étaient à la fois classiques et modernes, elles respectaient le livret et la musique » souligne Karine Deshayes, qui a interprété le rôle de Charlotte il y a un an au Capitole dans Werther de Massenet, dans la reprise de la mise en scène de Nicolas Joël. « Je me souviens qu’il venait assister aux répétitions, de même il était présent à la première. C’était pour lui un grand bonheur. »

 

« Son métier était de faire du spectacle » affirme Christophe Ghristi

Au-delà des artistes et des œuvres, Nicolas Joël avait « un amour de l’artisanat du théâtre » comme le dit Christophe Ghristi. « C’était une joie pour lui de travailler avec les costumiers, les décorateurs, les régisseurs, les techniciens. C’était son métier : faire du spectacle, faire découvrir des chanteurs et des œuvres, donner du plaisir et de l’émotion » souligne encore Christophe Ghristi. Cet « amour absolu du théâtre » continuera à résonner dans les murs du Capitole, avec la reprise de sa mise en scène de La Force du destin de Verdi programmée en mai prochain.

 

Jean-Michel Dhuez

 

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