Art Lyrique : pour Roberto Alagna, son fonctionnement doit être remis à plat

Roberto Alagna appelle à « remettre à plat le modèle actuel » du fonctionnement de l’Art Lyrique, dans les colonnes du Figaro de mardi 28 avril. Le ténor se prononce aussi en faveur de la réouverture du débat sur les troupes d’opéra en France. Il raconte également comment s’organise sa vie de confiné.

 

Pendant le confinement Roberto Alagna continue de travailler ses futurs rôles, notamment Lohengrin

« Activement! ». Telle est la façon dont Roberto Alagna affirme vivre le confinement actuel. Dans cette interview au Figaro il fournit quelques détails : « Du point de vue personnel, c’est l’occasion de me consacrer à des tâches auxquelles je ne suis malheureusement pas habitué. S’occuper de la maison, du jardin, de l’école des enfants. J’ai enfin l’impression d’avoir une vie normale ».

 

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Roberto Alagna explique également qu’il continue de travailler. «Beaucoup de maisons d’opéra sont dans l’incertitude de leur reprise. Je peaufine Lohengrin, que je suis censé chanter cet hiver à Berlin. Je consolide les rôles que j’avais appris et qui sont annulés pour ne pas les perdre (…) J’espère que cela n’est que partie remise. Comme tous les collègues nous faisons face à des annulations en cascades. Je ne suis en aucun cas le mieux placé pour être porte-parole de la profession, car je me considère comme privilégié. Mais on ne peut rester insensible à ce qui se passe ».

 

Pour Roberto Alagna les diffusions d’opéra permettent de garder le lien avec le public, mais ne remplacent pas le spectacle vivant

Cette période de confinement et la situation qu’elle entraîne pour le milieu de la culture, et celui des chanteurs lyriques en particulier, est aussi l’occasion pour Roberto Alagna d’une réflexion sur l’avenir de la profession. Il se réjouit des retransmissions sur internet d’opéras comme la Carmen de Bastille dans laquelle il a chanté, ou du gala At-Home du Met auquel il a participé le week-end dernier de son domicile avec sa femme la soprano Aleksandra Kurzak et la pianiste Morgane Fauchois.

 

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Mais il attire aussi l’attention sur les limites de ces diffusions et concerts « C’est important. Cela permet de garder le lien avec le public, et de toucher des spectateurs qui d’habitude ne viennent pas. D’autre part, cela permet de remettre au goût du jour beaucoup de productions qui ont été filmées mais étaient passées inaperçues parce qu’elles n’avaient pas eu les faveurs des critiques.(…)Pour autant, il faut faire attention à ce que le public ne prenne pas l’habitude de cette facilité. Rien ne remplacera la salle pour le spectacle vivant. Cela vaut aussi bien pour le théâtre que la musique ou l’opéra ». Roberto Alagna affirme aussi qu’il faut «garder une forme de mesure », car dit-il « tout le monde n’a pas le cœur à la fête ».

 

Roberto Alagna estime qu’il faut poser la question des troupes d’opéra en France

À la question « Comment voyez-vous l’avenir? », Roberto Alagna ne se montre pas particulièrement optimiste. «Personne ne sait ce qui va se passer pour l’opéra. À la différence des orchestres, des chœurs ou des techniciens, les chanteur solistes n’ont aucun syndicat. Ils sont seuls. Et n’ont pas d’autre revenu que les cachets des spectacles, qui dans beaucoup de maisons ne nous seront pas versés en cas d’annulation.C’est pour cela qu’une association, Unisson, s’est créée pour faire entre nos voix. Mais cela va être très difficile(…) La plus grande crainte, c’est que les artistes soient pris en otage(…)Qu’on demande de chanter de plus en plus souvent pour rien, ou presque rien, en disant que sinon c’est la mort du théâtre. ».

 

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Dans ce contexte, Roberto Alagna se dit favorable à la réouverture du débat sur les troupes d’opéra en France. Un système qui continue à faire ses preuves en Allemagne ou en Suisse, mêlant des artistes de différentes générations, salariés de la maison d’opéra à laquelle il sont rattachés. Il permet aussi à de jeunes chanteurs d’aborder rapidement des rôles importants, mais il a cessé d’exister en France au début des années 2000, avec la fermeture de la dernière troupe, celle de l’Opéra de Lyon. «Je pense que les troupes, c’était bien car cela offrait une sécurité aux chanteurs de rôles secondaires. Et pour les premiers rôles cela permettait d’avoir toujours un remplaçant sous le coude ». Roberto Alagna déplore au passage la situation : «On a un petit groupe de privilégiés, qui doit faire une course folle de théâtre en théâtre. Et des rôles secondaires qui ne peuvent joindre les deux bouts Il faut remettre à plat le système actuel. »
En attendant cette remise à plat, et la réouverture des salles, reste donc les mises en lignes de captations, comme celle de Carmen que propose en ce moment l’Opéra de Paris, avec Elina Garanca et Roberto Alagna, dans la mise en scène de Calixto Bieito. Une représentation enregistrée en jullet 2017 à Bastille, et dont la prise de son et le mixage ont été réalisés par les équipes de Radio Classique.

 

Jean-Michel Dhuez

 

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