Coronavirus : découvrez la lettre ouverte de Ludovic Tézier à Emmanuel Macron

Ludovic Tézier persiste et signe. Après avoir alerté dans une tribune le mois dernier sur les difficultés financières des artistes lyriques, victimes collatérales de la crise sanitaire, il interpelle aujourd’hui Emmanuel Macron dans une lettre publiée par nos confrères du Figaro. Il souhaite que sa profession soit soutenue au même titre que les entreprises.

 

Ludovic Tézier craint que « l’été des festivals soit blanc »

« Si l’on n’y prend garde, le virus aura la peau du spectacle vivant, et particulièrement de l’art lyrique ». Pour la seconde fois, le chanteur Ludovic Tézier a pris la plume pour alerter sur la précarité de sa profession, touchée de plein fouet par l’annulation des spectacles de la fin de l’hiver et du printemps. Sans compter que la menace pèse sur les rendez-vous de la saison à venir. « Il est, chaque jour, plus à craindre que l’été des festivals soit blanc. » Face à l’enjeu, le baryton français a choisi de s’adresser directement au chef de l’Etat, Emmanuel Macron.

 

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« Monsieur le Président vous savez la valeur de l’art dans une vie, et l’effort que représente son exercice, ayant vous-même travaillé le piano jusqu’à un bon niveau, je crois. J’en appelle à vous qui êtes le garant de la culture française et de la culture en France, de sa vivacité ainsi que de son rayonnement ».

 

« L’art, c’est la grandeur de la France depuis Colbert »

D’après Ludovic Tézier, aucun retour à la normale n’est à attendre avant septembre 2020 dans le monde du spectacle lyrique, « souvent chahuté et sempiternelle victime expiatoire des mauvaises consciences budgétaires de notre République ». Car la réouverture des salles de plus de 1.000 places serait retardée par un déconfinement à plusieurs étapes, limitant dans un premier temps les rassemblements d’ampleur, jugés à risque.

 

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L’incidence sur la billetterie et la santé des théâtres ne pourrait qu’aggraver la situation financière d’un « petit monde laborieux », qui compte « bien peu de nantis ». L’absence de recettes devrait boucher un peu plus l’horizon professionnel des chanteurs lyriques, alors que bien chanceux sont ceux « dont le calendrier aille outre les 10 prochains mois ».

 

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« Aujourd’hui (leurs contrats) sont déchirés, sans nulle autre préoccupation que celle, louable à certains égards, qu’ont nos théâtres de préserver leur propre survie ». Ludovic Tézier milite pour le versement d’aides financières aux artistes, au même titre que celles distribuées aux entreprises en difficultés. « Artistes, nous sommes notre propre entreprise », plaide-t-il dans sa lettre.

« Nous sommes tous deux amoureux de l’Europe; mes camarades et amis sont de tous les pays qui la composent ». Son texte s’achève par un appel à ouvrir la voie en Europe, un continent « qui se renierait au moment de la grande peur », en initiant une politique de soutien imitable aux arts et au monde du spectacle. En attendant une réponse européenne, c’est à l’Etat français, et en filigrane au colbertisme de sa politique culturel, qu’il en appelle au secours. « L’art, c’est la grandeur de la France depuis Colbert. Maintenez la lumière, et les «lumières», celles que nous envie le monde entier, celles que les peuples d’Europe, qui nous scrutent, attendent de nous ».

 

Nicolas Gomont