« Il en va de la survie de notre métier »: Le cri d’alarme du baryton Ludovic Tézier 

Dans une longue tribune publiée par le site Forum Opéra, Ludovic Tézier s’inquiète de la situation de précarité dans laquelle se retrouvent un grand nombre de ses collègues chanteuses et chanteurs lyriques, impactés par les mesures de restriction sanitaire. Le chanteur s’étonne également du comportement des théâtres lyriques.

 

« Notre profession est emportée et cherche désespérément une planche de salut »

Dans la tribune que publie le site forumopera.com, Ludovic Tézier s’adresse à ses « très chers collègues, chers amis, chers ennemis, chers amoureux de la culture et de l’opéra » auxquels il confie : « Dans ce maelström insondable, notre profession est emportée et cherche désespérément une planche de salut. Sans l’écoute des autorités en place, dont nul ne s’étonnera que nous ne soyons pas actuellement le centre d’intérêt, notre « petit cénacle d’artisans » sera laminé, sans appel. Je pense en particulier aux plus faibles, aux plus jeunes dont la survie dépend depuis toujours du prochain cachet (…) Je ne me place évidemment pas dans cette situation extrême, encore que tous, certes à des degrés très divers de gravité, soyons touchés ».

À lire aussi

 

« Où est la famille idéale de l’opéra ? »

« Je suis personnellement choqué, quoique malheureusement guère surpris, que la « famille idéale de l’opéra » s’avère, dans la débâcle en cours, une « famille illusoire ». En effet, je pose cette question : comment l’ensemble des théâtres lyriques sur terre – pris au miroir de certaines lunes artistiques, ces dernières années – ne comprend toujours pas, confronté à une réalité primaire comme cette pandémie, que sa propre survie, la justification même de son existence, repose sur les artistes lyriques et leur voix ? (…) Certes, les théâtres lyriques souffrent depuis des années d’une baisse chronique des subventions; c’est la conséquence, moins d’une désaffection du public qui tous les soirs remplit nos salles, que d’un vieux désintérêt de politiques budgétaires, si tristement comptables qu’elles en sont arrivées à barguigner sur un pilier maître de notre société : la santé ».

À lire aussi

 

« Quel honneur que de distraire quelques heures durant nos sœurs et frères confrontés à l’adversité ! »

« Afin de rendre moins oppressant le confinement indispensable, le Président de la République encourageait dans son dernier discours, nos concitoyens à retrouver des valeurs simples, à renouer avec la culture; concomitamment, ces mêmes théâtres qui semblent, à l’unisson, tourner le dos à leurs artistes, diffusent gratuitement sur leur site, nombre de captations magnifiques pour apaiser un peu les populations incarcérés. Quelle meilleure preuve que nous ne sommes pas accessoires si on nous appelle au chevet de l’angoisse ? Et quel honneur que de distraire quelques heures durant nos sœurs et frères confrontés à l’adversité ! ».

 

« Les artistes mettent de la couleur à nos sociétés désenchantées »

« La culture est-elle à ce point importante dans nos vies ? Et l’opéra ? J’en suis bien sûr convaincu (…) Mais les femmes et les hommes amenés à entrer en scène devant vous – qui avec la peur de la précarité au ventre, qui avec la corde vocale gonflée, dans l’incertitude absolue au moment de livrer leur voix blessée au public, qui après une séparation, le décès d’un proche – ces femmes et ces hommes nous apportent non seulement leur art, si exigeant de travail et de sacrifice, mais leur personnalité unique : elle met de la couleur à nos sociétés désenchantées (…) Il faut sauver le métier, Il faut sauver celles et ceux qui portent la lumière en scène, sans quoi les lampions s’éteindront doucement ».

L’intégralité de la tribune de Ludovic Tézier à lire sur le site forumopera.com 

 

Philippe Gault