Les Illusions perdues de Xavier Giannoli : Découvrez une bande-originale qui célèbre la musique classique

Roger Arpajou/Gaumont

C’est une émission très spéciale de Demandez le programme que nous avons diffusée, ce mercredi 24 novembre, avec l’écoute en intégralité de la bande-originale du film Les Illusions perdues de Xavier Giannoli, inspiré par le roman éponyme de Balzac. Une émission à retrouver en intégralité en bas de cet article.

Cécile de France, Vincent Lacoste, Gérard Depardieu sont au casting du film Les Illusions perdues

J’ai vu ce film il y a 10 jours et je l’ai trouvé intelligent, drôle, remarquablement interprété, avec de merveilleux costumes et des interprètes formidables, parmi lesquels Jeanne Balibar, Cécile de France Vincent Lacoste, Benjamin Voisin, Xavier Dolan, et Gérard Depardieu. C’est l’occasion de retrouver ce que la France sait faire de mieux au cinéma, la France comme on l’aime : inspirée, spirituelle, brillante et drôle, bref, la France de Balzac. Le film commence avec le Concerto pour 2 violons et cordes RV 523 de Vivaldi, voici le 2e mouvement largo.

Cette bande-son comprend également le prélude de l’acte 3 d’Hippolyte et Aricie de Jean-Philippe Rameau.

Les Illusions perdues, c’est bien sûr une œuvre de Balzac qui décrit l’ascension et la chute de Lucien de Rubempré, jeune homme monté à Paris pour y chercher la fortune, l’amour et la célébrité, qui les trouve et puis les perd. Le film se poursuit avec le 4e mouvement du quatuor à cordes de Guillaume Lekeu, intitulé Romance.

Benjamin Voisin et Vincent Lacoste. Crédits : Roger Arpajou

 

Le Chant du cygne, la sérénade de Schubert annonce peut-être la dégringolade sociale de Rubempré

Puis Xavier Giannoli, le réalisateur, a choisi la Polonaise pour violon et orchestre D 580 de Schubert, idéale pour décrire les premiers pas de Lucien de Rubempré dans le grand monde. Attention aux faux pas, aux faux amis et à cet aveuglement qui est le pire ennemi des jeunes ambitieux. Dans le livre de Balzac, nous lisons ceci au sujet de l’arrivée à Paris de Lucien de Rubempré qui fait ses premiers pas dans le grand monde : « dans ce monde où les petites choses deviennent grandes, un geste, un mot perdent un débutant. Le principal mérite des belles manières et du ton de la haute compagnie est d’offrir un ensemble harmonieux où tout est si bien fondu que rien ne choque. Ceux mêmes qui, soit par ignorance, soit par un emportement quelconque de la pensée, n’observent pas les lois de cette science, comprendront tous qu’en cette matière une seule dissonance est, comme en musique, une négation complète de l’Art lui-même, dont toutes les conditions doivent être exécutées dans la moindre chose sous peine de ne pas être ».

 

Le Chant du cygne, la sérénade de Schubert annonce peut-être la dégringolade sociale de Rubempré. Si vous allez voir Les Illusions perdues, vous verrez combien le Paris mondain de Balzac est cruel pour les parvenus, les sans fortunes, les actrices entretenues et ceux qui n’ont pas les bonnes entrées, bien plus impitoyable qu’il ne l’est aujourd’hui. Un monde de sauvages déguisés en personnes bien élevée, illustré par la Danse des Sauvages de Rameau, tiré des Indes Galantes.

 

Les Illusions perdues c’est aussi l’histoire d’un gamin de province monté à Paris, qui se prend pour un poète et que la capitale va corrompre et encourager à se mentir à lui-même. Voilà ce qu’en dit Balzac de ce jeune Lucien de Rubempré : « Qu’était-il dans ce monde d’ambition ? Un enfant qui courait après les plaisirs et les jouissances de vanité, leur sacrifiant tout ; un poète, sans réflexion profonde, allant de lumière en lumière comme un papillon […], pensant bien et agissant mal ». Lucien de Rubempré va au bal et comme un papillon il court après les jouissances, dont il s’enivre sur la musique de Johann Strauss, La Valse bonbon.

 

Le film se termine sur la Sonate à trois parties d’Henry Purcell. Voici ce que Balzac pensait de la 5e symphonie de Beethoven lorsqu’il écrit à madame Hanska un 7 novembre 1837 : « hier, je suis allé entendre la Symphonie en ut mineur de Beethowen (sic. ) Beethowen est le seul homme qui me fasse connaître la jalousie. Il y a dans cet homme une puissance divine ; dans son final, il semble qu’un enchanteur vous enlève dans un monde merveilleux, au milieu des plus beaux palais qui réunissent les merveilles de tous les arts et vous êtes inondé de l’air supérieur, de cet air qui chante et répand des parfums, qui a la couleur et le sentiment et qui afflue et vous béatifie ? Non, l’esprit de l’écrivain ne donne pas de pareilles jouissances, parce que ce que nous peignons est fini, déterminé, et que ce que vous jette Beethowen est infini ».


David Abiker

 

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