Krystian Zimerman joue Beethoven : rencontre au sommet

D’une exigence et d’une perfection proverbiales, le jeu épris de pureté du grand pianiste polonais fait merveille dans sa seconde intégrale des Concertos pour piano de Beethoven.

Leonard Bernstein était aux côtés de Zimerman pour sa première intégrale des Concertos de Beethoven

Il s’agit de la seconde intégrale des Concertos de Beethoven par Krystian Zimerman. La précédente fut réalisée à la fin des années 1980 pour le même label aux côtés de Leonard Bernstein et du Philharmonique de Vienne. Encore la disparition brutale du maestro obligea-t-elle Zimerman (alors fraîchement trentenaire) à diriger du piano les deux premiers concertos afin de parachever l’entreprise, nuisant ainsi à son unité. C’est dire l’intérêt de cette parution discographique, que quatre années séparent de l’album Schubert (deux dernières Sonates), lui aussi fêté sur les ondes de Radio Classique.

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Sir Simon Rattle, de son côté, livre ici son troisième témoignage dans ses œuvres – qu’il a enregistrées avec Alfred Brendel et Mitsuko Uchida – et son premier en qualité de directeur musical de l’Orchestre symphonique de Londres. Datées de décembre 2020, ces captations – dans les règles de distanciation sociale alors en vigueur (environ deux mètres entre chaque musicien) – ont été faites à St Luke’s, la salle de répétition du LSO.

Krystian Zimerman semble attaché à tisser un lien entre Mozart et Chopin

Frappe la dimension chantante du piano : les amateurs d’octaves pétaradantes (début du Concerto n° 3, développement du premier mouvement de « L’Empereur ») et de digressions virtuoses (cadence du Concerto n° 4) en seront pour leur frais ! Quitte à se tenir légèrement en retrait du grand souffle romantique, Zimerman semble moins attaché à exalter la composante titanesque de ces pages qu’à tisser un lien entre Mozart (mouvements lents des deux premiers concertos surtout) et Chopin grâce à sa sonorité cristalline et ses phrasés d’un cantabile à se pâmer.

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Voilà un pianiste qui creuse derrière les notes et parvient à tendre des arcs mélodiques hypnotiques, donnant lieu à des moments de totale apesanteur… plus beethoveniens qu’on croitait, en ce qu’ils participent à l’articulation du matériel thématique. Rattle lui dispense un accompagnement au cordeau. Bien que jouant sur instruments modernes – on notera toutefois les baguettes de bois choisies par le timbalier -, les musiciens du LSO font preuve d’une articulation soignée (rien de « ronflant » dans les tutti), rappelant au passage l’intérêt qu’à toujours éprouvé le chef pour le renouveau baroque ; on n’en prendra pour exemple que sa collaboration régulière avec l’Orchestre de l’âge des Lumières. Et puis ce sens des respirations, en fusion totale avec le soliste : écoutez le sotto-voce du premier mouvement du Troisième Concerto (à partir de 7’26), miracle de sensibilité qui rappelle le tandem Arturo Benedetti Michelangeli/Carlo Maria Giulini (DG).

Ludwig van Beethoven : Intégrale des Concertos pour piano et orchestre. Krystian Zimerman (piano), Orchestre symphonique de Londres, dir. Sir Simon Rattle (3 CD Deutsche Grammophon)

Jérémie Bigorie 


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