Fête des pères : Bach, Mozart, Beethoven, tel père, tel fils ?

L’adage « tel père, tel fils » ne se vérifie pas toujours dans les relations entre père et fils compositeurs. Si C.P.E Bach a réussi à reprendre avec succès le flambeau de son père Jean-Sébastien, Siegfried Wagner, lui, a vécu sa vie entière dans l’ombre plus qu’imposante de Richard. Mozart et Beethoven, tous deux capable d’exprimer dès leurs enfances des dons exceptionnels, ont reçu leurs éducations musicales de leurs pères, avec plus de pédagogie pour l’un que pour l’autre…

Wolfgang Amadeus Mozart et Ludwig van Beethoven : des génies précoces formés par leurs pères compositeurs

Il aura fallu la combinaison des dons de pédagogues de Leopold aux dons musicaux du jeune Wolfgang Amadeus pour faire éclater le génie précoce de Mozart. Compositeur et professeur de musique, Leopold est l’auteur de plus de 500 œuvres musicales et d’une méthode de violon diffusée dans toute l’Europe, mais sa plus grande réussite musicale est probablement son fils. Véritable figure tutélaire pour Wolfgang Amadeus, Leopold lui inculque une éducation musicale et le rend célèbre par des tournées à travers l’Europe où le jeune prodige montre ses talents. Représenté dans le film Amadeus comme la figure d’autorité suprême, Milos Forman n’hésite pas à dresser un parallèle entre Leopold et le Commandeur, personnage qui incarne la vertu face à Don Giovanni dans l’opéra éponyme composé l’année de la mort du père de W.A Mozart.

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Johan van Beethoven, souvent décrit comme un homme violent et alcoolique, a également eu l’idée d’exploiter les dons de son fils. Soumis à un entraînement intense et faisant lui aussi preuve d’une précocité notable, Ludwig est exhibé au piano à travers la Rhénanie. Johan van Beethoven aura cependant une chose à reprocher à son fils, le fait de ne pas être aussi talentueux que Mozart au même âge, et ira même jusqu’à le faire passer de deux ans plus jeune afin de le présenter comme encore plus brillant qu’il ne l’était.

 

C.P.E Bach, Siegfried Wagner : Le défi de reprendre le flambeau d’un illustre père

Quand on décide de marcher dans les pas de son père, il faut parfois vérifier au préalable que celui-ci n’a pas placé la barre un peu trop haut. Quand il est considéré comme un monstre sacré de la musique occidentale, à l’image de Jean-Sébastien Bach ou Richard Wagner, la tâche de le surpasser semble ardue. La famille Bach, véritable dynastie musicale, est brillamment représentée par Jean-Sébastien. Le cantor de Leipzig aura engendré 20 enfants dont quatre compositeurs : Johann Christian, Wilhelm Friedemann, Johann Christoph Friedrich et le plus fameux d’entre eux, Carl Philipp Emanuel. C.P.E Bach tient son père en haute estime et déclare dans son autobiographie n’avoir eu au clavecin d’autre maître que lui. Pas étouffé par la stature de son père, qui n’a certes à l’époque pas tout à fait l’aura qu’il acquerra au fil des siècles, Carl Philipp Emanuel reprendra avec succès le flambeau de son père et deviendra un compositeur prolifique encore régulièrement programmé dans les programmes des plus grandes salles de concerts.

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Contrairement à C.P.E Bach, Siegfried Wagner n’a jamais en tant que compositeur atteint les hauteurs de son père. Troisième fils de Richard et Cosima, Siegfried doit son nom au troisième volet de la Tétralogie, composé au moment de sa naissance. Tout au long de sa vie à la quête de son identité, il trouvera au bout de chaque chemin emprunté les étouffantes présences de son père et de sa mère. Après une enfance heureuse, que son illustre père mit en musique dans le Siegfried-Idyll, Richard Wagner meurt alors que Siegfried a 14 ans. A son adolescence, il nourrit l’ambition d’une carrière d’architecte, mais un Wagner doit devenir musicien et honorer la mémoire de son père. Il reçoit une formation de chef d’orchestre d’Hans Richter et de théorie musicale du compositeur Engelbert Humperdinck. Siegfried devient compositeur et fait de l’opéra son genre de prédilection, à l’image de son père. Ses œuvres, des opéras courts basés sur des contes à destinations d’enfants, n’ont en aucun cas l’ambition et la portée des fresques légendaires de Richard et ne sont jamais entrée dans le répertoire des maisons d’Opéra. Il deviendra, suite aux problèmes de santé de sa mère, le directeur du Festival de Bayreuth, toujours dirigé par un Wagner depuis sa création. Malgré son poste de Directeur, il sera de notoriété publique que le véritable esprit du festival sera toujours incarné par Cosima, avec laquelle il aura de nombreux désaccords concernant l’héritage du père, Siegfried amenant de la modernité dans ses mises en scène, chose que Cosima abhorre, souhaitant garder intacte l’œuvre de Richard Wagner.

Rémi Monti

 

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