Fantasia de Disney : un bon moyen de découvrir le classique ?

L’arrivée prochaine en France de Disney Plus va permettre de revoir un classique du cinéma d’animation : Fantasia, film ambitieux de Walt Disney qui rêvait de faire découvrir la musique classique au plus grand nombre. Est-ce qu’il a réussi ? Réponse dans cet épisode de Retour Vers le Classique.

L’épisode :

 

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La naissance de Fantasia ou comment Walt Disney joue à l’apprenti sorcier

Dès ses premiers dessins animés, à la fin des années 1920, Walt Disney apporte un soin très particulier à la musique qui accompagne ses courts-métrages. Il fait en sorte qu’elle soit synchronisée à l’action, qu’elle l’accompagne et amplifie l’effet comique. C’est par exemple le cas lors de la première apparition de Mickey Mouse dans le film Steamboat Willie :

Pour faire face aux difficultés financières de son studio, qui s’est beaucoup agrandi, il se lance dans la production de longs-métrages. Blanche-Neige puis Pinocchio et, à partir de 1937, Fantasia, d’abord conçu comme un programme court.

Cela peut paraître difficile à imaginer mais à cette période, Mickey a perdu de sa popularité.  Il est trop sage, moins colérique que Donald, moins maladroit que Dingo. Walt Disney veut redonner à son personnage une place de choix en en faisant le personnage principal d’un court-métrage ambitieux, qui utiliserait la musique pour créer de la poésie et du rêve, très éloigné de l’humour burlesque de ses productions habituelles. Et pour cela il choisit de la musique classique : il veut adapter L’Apprenti sorcier de Paul Dukas.

L’Apprenti sorcier est un poème symphonique créé en 1897 à partir d’un poème de Goethe, lui-même inspiré d’un texte antique. Il raconte l’histoire d’un jeune magicien qui profite de l’absence de son maître pour se lancer dans des expériences magiques qu’il n’arrive pas à contrôler. Disney met des images sur la musique déjà très descriptive de Dukas.

Une rencontre avec le chef d’orchestre Léopold Stokowski le pousse à transformer ce court-métrage en un « film-concert » : de nouveaux morceaux s’ajoutent au projet, qui coûte de plus en plus cher au roi du divertissement.

Les morceaux retenus se prêtent particulièrement bien à la mise en images

Voici les morceaux finalement retenus dans le film :

    • La Toccata et fugue en Ré Mineur de Jean-Sébastien Bach, composée au début du XVIIIème siècle.
    • Casse-Noisettes, ballet de Tchaikovsky créé en 1892.
    • L’Apprenti sorcier de Paul Dukas.
    • Le Sacre du Printemps, ballet de Stravinsky créé en 1913.
    • La Symphonie Pastorale de Beethoven créée en 1808.
    • La danse des Heures, ballet tiré de l’opéra La Gioconda de Ponchielli créé en 1876.
    • Une nuit sur le Mont Chauve, poème symphonique de Moussorgski et l’Ave Maria, lied de Franz Schubert.

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Fantasia met en scène des œuvres majoritairement composées au XIXème siècle. Et des œuvres qui sont toutes ou presque associées à quelque chose qui facilite la mise en image : il y a trois ballets, de la musique écrite pour le mouvement. Il y a aussi plusieurs morceaux associés à des poèmes ou a des idées qui donnent des pistes d’interprétation.

Le film devait également présenter le Clair de Lune de Debussy, passage qui a été coupé mais qui a pu être reconstitué des années après la sortie de Fantasia :

 

Un bon film pour faire découvrir la musique classique aux enfants ?

A sa sortie, le film est un échec : son statut hybride entre le film et le concert (il était présenté dans des salles spéciales avec ticket numéroté et programme, il n’y a pas de générique) déconcerte le public de son époque. Plusieurs fois ressorti au cinéma, il a petit à petit acquis le statut de classique et a été vu par de nombreux enfants.

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Les critiques des internautes sont divisées : pour certains c’est un film trop long (plus de deux heures), ennuyeux et effrayant. Certaines scènes peuvent effectivement marquer les plus jeunes, notamment la conclusion qui met en scène le démon Tchernobog. Pour d’autres, c’est au contraire un moment poétique qui leur a fait découvrir la musique classique. La « marque » Disney et son audience mondiale sont en effet un bon moyen d’attirer un public qui n’aurait sans doute jamais écouté Ponchielli ou Stravinsky sans ce film .

Mon conseil : ne pas faire visionner ce film à des enfants trop jeunes et, si c’est trop long, peut-être le montrer en plusieurs fois en commençant par les passages de L’Apprenti sorcier qui met en scène Mickey et La danse des heures, seul court-métrage véritablement comique du film.

Et si vous cherchez un bon moyen de faire découvrir le classique aux plus jeunes, faites-leur écouter Les Histoires en musique d’Elodie Fondacci.

 

Augustin Lefebvre

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