Coronavirus : « Comme toujours, [Emmanuel Macron] s’est plutôt bien conduit », estime Bernard-Henry Lévy

Bernard-Henry Lévy était l’invité de la matinale de Guillaume Durand mercredi 10 juin. L’écrivain et philosophe sort un nouveau essai, Ce virus qui rend fou (Grasset), dans lequel il émet la thèse que le confinement a révélé un « déni névrotique de la mort » dans nos sociétés contemporaines. Il a également opposé « le nombrilisme » des « Bobos » au comportement des populations des « barres HLM », où il était « beaucoup moins agréable d’être confiné ». Il a en outre jugé qu’Emmanuel Macron « s’est plutôt bien conduit » durant la crise du coronavirus.

 

Pour Bernard-Henry Lévy, le confinement n’aurait pas dû servir à « mettre sa salade au quinoa sur Instagram »

« Tout le malheur des hommes vient de ne savoir demeurer en repos, dans une chambre ». Durant le confinement, de nombreux auteurs et philosophes ont été cités, parfois abusivement, pour assurer combien on pouvait tirer parti d’un enfermement forcé. « Cette citation de Blaise Pascal m’énerve, parce qu’on ne l’a pas lue jusqu’au bout », précise Bernard-Henry Lévy, remonté contre ce qui appelle « notre incroyable docilité » à accepter les mesures de coercition décidées durant la crise du coronavirus.

 

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« Pour Pascal, être enfermé dans une chambre, ce n’est pas faire de la pâte à modeler et mettre sa salade au quinoa sur Instagram. C’est une expérience mystique douloureuse, un face-à-face avec le rien et le néant du vertige de l’infini ». Le philosophe a aussi dénoncé un comportement de classe durant la confinement.

 

 

« Pascal dit une deuxième chose, il dit : le moi est haïssable. Or, on a vu pendant ce confinement, chez les bobos – pas dans les barres de HLM où c’était beaucoup moins agréable d’être confiné – une épidémie de nombrilisme qui m’a fait rire ».

 

Coronavirus : « le principe de précaution a été poussé trop loin dans les symboles », estime Bernard-Henry Lévy

Bernard-Henry Lévy a fustigé notre « société de froussards » face aux maladies contagieuses, faisant référence à un voyage du Général de Gaulle durant lequel il n’avait pas hésité à serrer dans ses bras des lépreux. « La lèpre est une chose, cette épidémie en était une autre. Mais quand on voit en face de cela, la Vatican et le pape François – un spécialiste du baiser aux lépreux – faire un chemin de croix devant un Saint-Pierre désert, on se dit que le principe de précaution a peut-être été poussé un peu trop loin dans les symboles ».

 

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Les symboles, Emmanuel Macron aurait su les manier avec habileté durant la crise, que ce soit en allant au contact des infirmiers, « avec ou sans masque », ou à Marseille, rencontrer le professeur Didier Raoult. « Macron, je trouve que, comme toujours, il s’est plutôt bien conduit », a-t-il ainsi jugé. Hier à la télévision, Philippe de Villiers a révélé des confidences que lui aurait faites le chef de l’Etat.

 

 

Le président se serait agacé auprès de lui de la volonté de certains, dont celle d’Edouard Philippe, de retarder le déconfinement, qu’il souhaitait le plus avancé possible. « J’ai le sentiment qu’il y a eu une mâchoire technocrate ou médicale qui a probablement brisé le réflexe spontané du président de la République », a estimé Bernard-Henry Lévy.

 

Le vrai tabou, révélé durant le confinement, « n’est pas le sexe, c’est la mort », selon Bernard-Henry Lévy

Hier, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire sur la gestion du Covid-19, autour des chefs d’accusation de « mise en danger de la vie d’autrui » et d’ »homicides et blessures involontaires ». Si les membres du gouvernement ne sont pas visés, ils pourraient être mis en cause dans une procédure de la cour de justice de la République. 

 

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« Je trouve ces procès, cette judiciarisation générale de l’espace public, insupportables. J’espère qu’il n’y aura pas lieu à poursuivre, parce que ces gens (qui déposent plainte) donnent un pouvoir à l’Etat, comme si l’Etat était tout puissant, capable de prévoir une épidémie, d’en savoir le degré de contagiosité… Ces procès sont un signe mauvais des temps ». Des temps, qui seraient en proie à un tabou. « Le vrai tabou n’est pas le sexe, c’est la mort », pour Bernard-Henry Lévy, qui a mis les pieds dans le plat.

 

 

Notre société humaine « a de plus en plus de mal à accepter le danger et à accepter la mort ». Le monde était, à ses yeux, plongé jusqu’alors « dans un rêve », dans lequel la médecine pourrait non seulement guérir des maladies mais aussi « de la mort et donc de la vie ». « Ce virus, que l’on ne connaît pas, nous rappelle qu’il y a dans la mort quelque chose d’opaque, comme on le sait depuis la nuit des temps, et que l’on a eu tendance à oublier », a-t-il conclu.

 

Nicolas Gomont

 

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