« Qu’il y ait du racisme dans la police » est « une évidence », selon Alexis Corbière

Alexis Corbière était l’invité de la matinale de Renaud Blanc jeudi 4 juin. « Qu’il y ait du racisme dans la police » est« une évidence », a assuré le député de La France Insoumise. Il a nuancé en indiquant que « beaucoup de policiers font un boulot formidable » mais a vivement ciblé « des syndicats de police très agressifs » sur la question des violences policières. Il a aussi dénoncé « une succession d’explications fumeuses » fournies à ses yeux pour innocenter les gendarmes de la mort d’Adama Traoré. En outre, il a défendu sa proposition de plafonnement des frais bancaires, qui devrait être étudiée ce jour à l’Assemblée nationale.

 

Alexis Corbière soutient Camélia Jordana contre les violences policières, malgré « des mots peut-être excessifs »

« Qu’il y ait du racisme dans la police, cela me parait une évidence ». Interrogé sur la manifestation non déclarée organisée mardi dernier par le collectif de soutien à la famille d’Adama Traoré devant le tribunal de justice de Paris, « une belle manifestation de dignité » à ses yeux, Alexis Corbière a appelé la hiérarchie policière au dialogue. « Si l’institution ne se remet pas en cause sur la question (des violences policières), si le ministre est arc-bouté sur des positions corporatistes, beaucoup de gens vont avoir le sentiment que c’est la police qui est raciste ».

 

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Le député de La France Insoumise a soutenu la prise de parole récente de l’actrice Camélia Jordana contre les violences policières, malgré « des mots peut-être excessifs » tenus sur un plateau de télévision ; une intervention qui avait fait vivement réagir le ministre de l’Intérieur. Christophe Castaner, qui a promis hier au Sénat que « des sanctions » seront prises pour « chaque faute » ou « expression raciste » dont les policiers pourraient se rendre coupables.

 

 

« Je pense qu’il faut une police républicaine qui ait une relation de confiance avec la population », a souhaité le député, assurant sur la base de « constats concrets, de témoignages » que la police « ne se comporte pas bien avec une partie de la population ».

 

Alexis Corbière a fustigé « des syndicats de police très agressifs » avec lesquels il ne parviendrait à discuter

« On voit sur l’affaire Traoré une succession d’explications fumeuses pour nous dire que la mort d’Adama Traoré n’aurait rien à voir avec l’arrestation et les techniques utilisées pendant l’arrestation, dont celle du placage ventral », a-t-il déploré. Une bataille d’avis médicaux et d’expertises judiciaires opposent toujours les gendarmes présents durant l’interpellation en 2016 et la famille de la victime sur les causes exactes de la mort.

 

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Plus généralement pour le député de Seine-Saint-Denis, aucune critique ne peut être formulée à l’égard de policiers sans que « des syndicats de police très agressifs » prennent la parole pour dénoncer une « haine anti-flics ». « On ne peut pas discuter. Je défends le service public de la police aussi », a-t-il plaidé, soulignant que « beaucoup de policiers font un boulot formidable » alors que leurs conditions de travail se sont dégradées ces dernières années.

 

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« On leur doit des millions d’heures supplémentaires jamais payées. Au commissariats des Lilas, il y des gens qui travaillent dans des préfabriqués avec des voitures qui marchent pas. Ce sont des gens courageux. Je ne veux pas que l’on évolue vers une société à l’américaine ».

 

Muriel Pénicaud n’est pas « très claire sur la question des baisses salariales », a regretté Alexis Corbière

Au micro de Renaud Blanc, Alexis Corbière s’est aussi exprimé sur la crise économique et sociale, amortie en partie par les dispositifs mis en place par le gouvernement. Des dispositifs qui ont largement alourdi le déficit, fixé à 11,4% du PIB cette année, selon les prévisions de Gérald Darmanin. « La crise du Covid a complètement percuté les choix économiques du gouvernement. J’ai parfois peur qu’il y en ait pour profiter de cette opportunité pour revenir sur les droits sociaux », s’est-il inquiété.

 

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« J’ai entendu la ministre Pénicaud ne pas être très claire sur la question des baisses salariales et considérer que dans certains cas, on peut baisser le salaire des travailleurs », a-t-il fustigé. Interrogée sur notre antenne il y a quelques jours, Muriel Pénicaud avait indiqué que sa priorité était avant tout « qu’il y ait du travail pour tous ».

 

 

« C’est le meilleur de la bande, Edouard Philippe ». Alors que les rumeurs de remaniement, incluant un changement de Premier ministre, se font toujours plus insistantes, Alexis Corbière a défendu le comportement et le bilan d’Edouard Philippe. Une inclinaison à prendre le parti du chef du gouvernement contre le président de la République, dont La France Insoumise est coutumière depuis plusieurs semaines.

 

Alexis Corbière veut plafonner les frais bancaires, « un impôt privé injuste »

« Edouard Philippe a un style, une sobriété et un sérieux ; bien plus que la plupart des autres membres du gouvernement et que le président de la République lui-même », a-t-il ainsi taclé, jugeant « lamentable » qu’Emmanuel Macron puisse « utiliser le Premier ministre comme un fusible pour esquiver la responsabilité de ses propres erreurs » commises durant la crise du coronavirus.

 

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Alexis Corbière a conclu en vantant sa proposition de loi sur le plafonnement des frais bancaires, fixés selon ses vœux à 2 euros par opération, pour un maximum de 200€ par an et par client. « C’est un impôt privé injuste. Chaque année, c’est 7 milliards d’euros qui sont ponctionnés dans la poche des clients, soient 30% des profits réalisés par les banques, devenues dépendantes à cet impôt privé ».

 

 

Un cri d’alarme semble-t-il entendu par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui devrait proposer d’élargir ce jour à l’Assemblée nationale le panel « des personnes fragiles » protégées depuis la crise des Gilets jaunes par une limitation de leurs frais. « Aujourd’hui, le ministre Le Maire va élargir un peu le dispositif qu’il a pris. Mais cela doit concerner tout le monde », a cinglé le député.

 

Nicolas Gomont

 

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