Morts de George Floyd et d’Adama Traoré : « Je ne pense pas que cela se compare », juge Hubert Védrine

Hubert Védrine était l’invité de la matinale de Guillaume Durand ce mercredi 3 juin. L’ancien ministre des Affaires étrangères a jugé que les Etats-Unis étaient à la fois « un pays développé » et « un pays du tiers-monde violent ». Les mouvements de protestation, qui font suite à la mort de George Floyd, pourraient empêcher la réélection de Donald Trump, si « cela peut conduire les noirs à voter massivement pour Joe Biden ». Interrogé sur le plan de relance européen, l’ancien diplomate a prédit que « la proposition d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron ne va pas être acceptée telle quelle par les vingt-sept ».

« On a oublié que les Etats-Unis sont un pays intrinsèquement violent », pour Hubert Védrine

« Je ne pense pas que cela se compare ». Hubert Védrine a jugé ce matin que rien de tangible ne rapprochait la mort de George Floyd aux Etats-Unis à celle, en France, d’Adama Traoré, le jeune homme décédé lors de son interpellation par des gendarmes en 2016. Une manifestation non déclarée, qui dénonçait les violences policières, a rassemblé hier à Paris près de 20.000 personnes et ne cachait pas sa proximité avec les motivations des mouvements de protestation américains. Seulement pour Hubert Védrine, « on ne peut pas comparer le fonctionnement des polices en France, en Italie ou en Allemagne » avec celui des forces de l’ordre outre-Atlantique.

 

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De plus, la problématique des « banlieues des grandes agglomérations » européennes est « très liée à l’islamisme » ; « une composante inexistante aux Etats-Unis ». « On a oublié que les Etats-Unis sont un pays intrinsèquement violent, que c’est un pays développé, en avance dans plein de domaines, mais d’un autre côté, c’est aussi un pays du tiers-monde violent », a expliqué l’ancien ministre des Affaires étrangères.

 

 

La résurgence de la colère des populations noires américaines pourrait coûter à Donald Trump sa réélection, car « cela peut conduire les noirs à voter massivement pour Joe Biden, alors que le vote noir se caractérise généralement par son abstention ».

 

L’affrontement entre la Chine et les Etats-Unis « n’est pas réglé d’avance », prévient Hubert Védrine

Que « le comportement, la personnalité et les propos » de Donald Trump, « souvent choquants, pour ne pas dire répugnants », lui fasse perdre l’élection de novembre prochain, certaines dynamiques en place poursuivront leur cours, selon Hubert Védrine. Si « la domination des Etats-Unis en matière financière, technologique et militaire » demeurera « absolument écrasante », elle continuera par exemple d’heurter de plein fouet les ambitions chinoises.

 

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« Il y a maintenant une compétition entre la Chine et les Etats-Unis, qui était déjà visible avant le virus », a-t-il rappelé, faisant référence aux prétentions hégémoniques de Xi Jinping et à sa Route de la soie. Toutefois, si les Etats-Unis ne pourront « plus dominer le monde comme en 1945 ou après l’effondrement de l’Union Soviétique », la Chine ne peut pour autant être donnée gagnante dans cette confrontation qui s’accentue ces dernières mois.

 

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Car le pays doit notamment faire face « à une croissance qui s’est effondrée ». « Ce n’est pas réglé d’avance », a ainsi prévenu Hubert Védrine, qui alerte sur le positionnement à risque que l’Europe devra opter dans ce conflit de puissances. « Comment les Européens doivent faire pour ne pas être écartelés ? C’est le sujet ».

 

Le plan de relance européen est pour la France « une occasion formidable de reconstruire une industrie »

L’Union Européenne tente pour l’heure de trancher un autre débat qui l’agite : le plan de relance de la Commission issu de la proposition commune d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel. « La proposition d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron ne va pas être acceptée telle quelle par les vingt-sept. Au bout des négociations, il y aura un plan gigantesque composé de subventions non-remboursables et de prêts. Ce sera un compromis », a prédit l’ancien diplomate, qui a estimé que les Français ne doivent pas « tout attendre des plans de relance miraculeux de l’Europe ».

 

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« Sinon, on peut se sentir dispensés de tout effort national. Or, si l’Allemagne s’en est bien tirée dans la pandémie, c’est parce qu’elle n’avait pas désindustrialisée ». Quel que soit son montant, le plan de relance de l’UE doit constituer en France « une occasion formidable de moderniser, de redevenir compétitif et de reconstruire une industrie dans certains domaines » pour Hubert Védrine, qui a appelé à mener une révolution écologique, en saluant ainsi le Green Deal soutenue par la Commission européenne.

 

Nicolas Gomont

 

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