-20% de PIB au 2e trimestre : « Ce chiffre de l’INSEE confirme une reprise réelle », selon Bruno Le Maire

Bruno Le Maire était l’invité de la matinale de Guillaume Durand mercredi 27 mai. Le ministre de l’Economie a estimé que la prévision de l’INSEE confirmait « une reprise réelle, tout en concédant qu’elle restait « progressive ». Il a aussi assumé la réduction de la prise en charge du chômage partiel, « responsable et nécessaire », et revendiqué le sauvetage du « tissu économique français » par la dette. « Un plan de relance structurel pour la rentrée » a également été annoncé.

Bruno Le Maire a salué « les engagements pris par Renault et Peugeot » pour l’emploi et la relocalisation de la production en France

« Il faut s’attendre à des chiffres de récession très dégradés pour 2020″. Bruno Le Maire a réagi ce matin sur Radio Classique à la dernière prévision de l’INSEE, qui prédit une contraction de 20% du PIB français au deuxième trimestre. « Ce chiffre de l’INSEE confirme qu’il y a une reprise réelle, puisque les chiffres précédents indiquaient une chute de 30%. Donc, on a gagné 10 points. Mais cette reprise reste progressive », a-t-il déclaré. Le ministre de l’Economie a réitéré la comparaison qu’il avait pu faire avec la récession de 1929 pour jauger la gravité de la crise économique.

 

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« Mais la crise que nous connaissons n’a rien à voir avec la crise de 2008. C’est l’économie réelle qui est touchée. Ce sont des centaines de milliers d’entreprises, de PME qui sont touchées au coeur. » Les prévisions de Bercy, qui table toujours sur un recul du PIB pour l’ensemble de l’année de 8%, sont « provisoires », a insisté Bruno Le Maire, pour qui il est « indispensable d’avoir une relance forte ». Hier, Emmanuel Macron a présenté son plan de relance sectoriel pour l’automobile. Outre les primes à la casse, instaurées pour permettre aux constructeurs automobiles d’écouler leurs stocks, Bruno Le Maire a salué les mesures « visant la relocalisation de la production industrielle en France ».

 

 

Il a souligné les efforts déjà consentis par les marques françaises. « Les engagements pris par Renault et Peugeot sont puissants : 1 million de véhicules propres produits en France d’ici 2025, le rapatriement de la production du moteur électrique de Renault d’Asie en France et la production de la 3008 électrique à Sochaux », a-t-il égrainé.

 

 

Mutualiser des dettes européennes, comme proposé par Emmanuel Macron et Angela Merkel serait « financièrement et politiquement intéressant »

Bruno Le Maire a indiqué préparer « un plan de relance structurel pour la rentrée » et discuter dans cet optique avec toutes les forces politiques et syndicales. Le ministre de l’Economie compte également s’appuyer sur une action de l’Union Européenne pour garantir le rebond de l’économie du continent. « Le chiffre global que nous visons, c’est 1.000 milliards d’euros de relance. Il y a déjà 540 milliards (de prêts) qui ont été actés par les ministres des Finances par l’accord conclu le 9 avril », s’est-il réjoui, jugeant cette somme « utile » pour abonder les PME et les start-up de la tech, en manque de financements.

 

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La proposition commune d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel, qui vise à lever via la Commission Européenne un emprunt pour aider les « Etats les plus touchés par le Covid », n’est pour l’heure pas entérinée. Le mécanisme serait pourtant, aux yeux du ministre, « financièrement et politiquement intéressant », car il permettrait « d’avoir un taux d’intérêt mutalisé, donc bas ».

 

 

L’Autriche ou encore les Pays-Bas ont fait part de leurs réserves sur un tel dispositif. « J’espère qu’ils comprendront une chose simple : c’est la violence de la crise économique », a expliqué Bruno Le Maire. « C’est l’intérêt aussi pour ces pays que (l’Italie et l’Espagne) se portent bien, car c’est leurs partenaires commerciaux ».

 

 

Bruno Le Maire a dit travailler à une solution pour sauver Camaïeu et Conforama

La Commission européenne devrait présenter ce jour son plan de relance. En attendant le verdict, Bruno Le Maire a dit se concentrer sur la situation des entreprises françaises en difficultés. « La pile de dossiers sur ma table pour risques de faillites, licenciements et cessations de paiement est épaisse », a-t-il prévenu, mettant notamment en avant le sort préoccupant de Camaïeu. « Cela fait des semaines que nous recherchons un repreneur pour qu’il n’y ait pas 4.000 salariés qui se retrouvent sur le carreau. C’est la même chose pour Conforama ».

 

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De nombreux chefs d’entreprises se sont inquiétés de la décision du gouvernement de réduire progressivement la prise en charge du chômage partiel. « Je pense qu’ils font une erreur de jugement, leur a répondu le ministre. C’est responsable et nécessaire. Toutes les entreprises qui peuvent reprendre doit reprendre et remettre leurs salariés au travail ». A partir du 1er juin, le chômage partiel ne sera plus pris en charge par l’Etat qu’à hauteur de 85%, au lieu de 100% jusqu’à alors.

 

 

« C’est une réduction raisonnable. Si nous dépensons 100% de notre argent dans cette phase pour le chômage partiel, ce sont des milliards d’euros dont je ne disposerais pas pour les plus entreprises les plus fragiles », a-t-il argué.

 

 

« La stratégie des impôts serait une erreur », a réaffirmé Bruno Le Maire

Ce désengagement de l’Etat permet aussi de limiter l’endettement massif du pays ; une tendance qui inquiète de plus en plus certains économistes. « Nous avons fait un choix que je revendique : c’est de sauver le tissu économique français et d’éviter des centaines de milliers de faillites en quelques semaines. Je pense que l’Etat a rempli son rôle de protecteur, s’est-il félicité, avant de tenter de rassurer les partisans d’une forme de rigueur budgétaire. Est-ce qu’il faudra rembourser la dette ? Oui. L’idée qu’il pourrait y avoir une dette perpétuelle est une illusion ».

 

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« Mais cela se remboursera quand la croissance sera de retour. Ce moment viendra », a-t-il prédit, réaffirmant que « la stratégie des impôts serait une erreur dans un pays qui a un niveau de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés de l’OCDE ». Bruno Le Maire, pour « relancer la croissance et avoir un territoire attractif », a aussi dit vouloir aller plus loin dans la réduction des impôts sur la production.

 

 

Enfin, le ministre de l’Economie a conclu en indiquant travailler avec Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, à « un dispositif puissant » pour encourager les entreprises à embaucher les jeunes et les apprentis arrivant en cette période difficile sur le marché du travail.

 

Nicolas Gomont

 

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