Née au Japon, la pianiste Mitsuko Uchida passera finalement l’essentiel de sa vie hors du territoire nippon, et recevra la nationalité britannique en 2001. Souvent associée à Mozart, à cause des enregistrements qui l’ont fait connaître, elle est aussi une remarquable interprète de Schumann, Schubert et Beethoven.
Mitsuko Uchida en 8 dates :
1948 : Naissance à Atami (Japon).
1960 : S’installe à Vienne. Y étudiera avec Wilhelm Kempff et Stefan Askenaze.
1972 : Déménage à Londres. Intégrale des Sonates pour piano de Mozart (Philips).
1985 à 1989 : 1ère intégrale des Concertos pour piano de Mozart avec l’English Chamber Orchestra, dir. Sir Jeffrey Tate (Decca).
1994 : 1ère intégrale des Concertos pour piano de Beethoven avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise, dir. Kurt Sanderling.
2001 : Prend la nationalité britannique.
2010 : 2ème intégrale des Concertos pour piano de Beethoven avec le Philharmonique de Berlin, dir. Sir Simon Rattle.
2013 : Scènes de la forêt de Schumann. 2ème intégrale des Concertos de Mozart, avec l’Orchestre de Cleveland dirigé du piano par Mitsuko Uchida (Decca).
Mitsuko Uchida : jeunesse et ascension dans le monde de la musique
C’est dans une ville balnéaire proche de Tokyo que Mitsuko Uchida est née au Japon, en 1948. Mais à 12 ans, elle déménage à Vienne lorsque son père est nommé ambassadeur du Japon en Autriche. C’est la première fois qu’elle assiste à un concert symphonique, et elle donne son premier récital à seulement 14 ans au Musikverein. Elle reste ensuite au Conservatoire de Vienne jusqu’à 20 ans, puis se perfectionne auprès de Wilhelm Kempff et de Stefan Ashkenaze, grand interprète de Chopin.
Elle passe plusieurs concours internationaux, où elle arrive souvent deuxième, mais qui ne lui apportent pas le tremplin habituel pour une carrière car elle ne correspond pas au moule de virtuosité et de puissance sonore souvent recherché à l’époque. Qu’importe, elle poursuit sa route. La dimension personnelle d’une interprétation est plus importante pour elle que la carrière. Elle n’hésite donc pas à faire des choix audacieux, notamment dans le tempo.
Mozart fait connaître Mitsuko Uchida dans le monde entier
Elle quitte finalement Vienne pour Londres. Elle a 24 ans et enregistre pour Philips l’intégrale des Sonates pour piano de Mozart. Puis de 1985 à 1989, elle grave sa première intégrale des Concertos de Mozart avec l’English Chamber Orchestra dirigé par Sir Jeffrey Tate. Ces enregistrements à l’orée de la quarantaine lui apportent enfin la consécration.
Elle joue Mozart aux quatre coins du monde. Elle réenregistrera ces concertos vingt ans plus tard, lorsqu’elle sera « Artiste en résidence » à l’Orchestre de Cleveland. Mais cette fois, elle dirigera elle-même l’orchestre depuis le piano.
Mitsuko Uchida, une grande interprète de Schubert, Schumann et Beethoven
Pendant des années, la critique et le public ont tendance à lui coller l’étiquette de « mozartienne ». La contrepartie du succès. Pourtant, Mitsuko Uchida excelle aussi dans Schubert et Schumann. Du premier, elle offre chez Decca les Impromptus, les Moments musicaux, les Danses allemandes, plusieurs sonates. Du second, elle a souvent joué le concerto et a enregistré, toujours chez Decca, la plupart de ses œuvres pour piano seul (le Carnaval op.9, les Kreisleriana, la Fantaisie op. 17, les Davidsbündlertänze, les Scènes de la forêt, la Sonate en sol mineur, et les Chants de l’aube).
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Elle se tourne également vers Chopin (Sonates n°2 et 3, gravées en 1988 chez Philips), et Debussy dont elle enregistre les Etudes, un choix original parmi son œuvre pour piano. Elle s’aventure dans la Seconde Ecole de Vienne avec Berg et Schönberg, et joue le Concerto en sol de Ravel.
Mais il est vrai que toucher à une multitude de compositeurs n’est pas ce qui intéresse Mitsuko Uchida. Elle préfère au contraire choisir quelques compositeurs et les approfondir dans le temps, quitte à enregistrer plusieurs fois les mêmes cycles. En 1994, elle grave ainsi sa première intégrale des concertos de Beethoven avec l’Orchestre de la Radio Bavaroise, à la demande du chef Kurt Sanderling alors déjà octogénaire. Puis elle les enregistre une deuxième fois en 2010 avec Sir Simon Rattle, en public à la Philharmonie de Berlin.
Avec Andras Schiff et Jonathan Biss, Mitsuko Uchida dirige le festival de Marlboro
Si la plupart de la discographie de Mitsuko Uchida se concentre autour du piano soliste, elle n’en est pas moins une excellente partenaire pour les chanteurs. Elle enregistre ainsi La Belle Meunière avec Ian Bostridge, le Chant du cygne avec Mark Padmore, et des lieder de Schumann avec Dorothea Röschmann (Liederkreis et L’amour et la vie d’une femme). Elle aime aussi la musique de chambre instrumentale, au point de prendre en 1994 la direction du Festival de musique de chambre de Marlboro, qu’avait créé en 1951 Adolf Busch et Rudolf Serkin. Elle co-dirige le festival avec d’autres pianistes, d’abord Andras Schiff et Richard Goode, puis depuis 2018 avec Jonathan Biss.
Afin d’aider les jeunes pianistes, Mitsuko Uchida s’implique dans la Fondation Borletti-Buitoni pour la découverte de nouveaux talents. Elle aime leur donner ce conseil : « Est-ce que, à côté de [votre] pratique instrumentale, [vous] lisez des livres, [vous] vous renseignez sur les compositeurs et sur leur époque ? ». Car pour Mitsuko Uchida, la musique ne saurait se comprendre sans la littérature et les beaux-arts. Ce n’est pas pour rien qu’elle se sent des affinités particulières avec Schumann !
Sixtine de Gournay
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