Robert Schumann : une carrière brisée … par automutilation ?

MARY EVANS/SIPA

Articuler les doigts, les assouplir, gagner en dextérité : une lubie normale pour tout pianiste qui se respecte. De là à parler d’obsession, il n’y a qu’un pas, franchi avec assurance par notre artiste du jour, Robert Schumann, qui a dû renoncer à une carrière de pianiste après avoir perdu l’usage de la main droite.

1832. Voilà plusieurs mois que Robert Schumann se plaint de vives douleurs au niveau de la main. Il faut dire que les leçons de piano prodiguées par son mentor– et futur beau-père – Friedrich Wieck – ne sont pas de tout repos. Mais ce n’est rien à côté de l’aspiration de ce jeune Romantique à vouloir devenir un grand virtuose. Ses entraînements semblent ne plus suffire et une certaine frustration s’empare de lui : celle de ne pas pouvoir exploiter au maximum les possibilités de jeu qu’a à lui offrir l’instrument roi.

Il décide donc, pour y remédier, d’avoir recours à la force et d’user de l’une de ses trouvailles, la « Cigarrenmechanik », pour gagner en souplesse et en dextérité. Cet appareil, mentionné plusieurs fois dans son journal intime, aurait consisté à immobiliser un doigt – le majeur ou l’annulaire – pour permettre de se concentrer sur le travail des autres doigts et d’en améliorer la qualité de jeu.

Schumann éprouve une fragilité au niveau du majeur

Concernant son fonctionnement, il existe plusieurs versions : il pourrait s’agir d’un système de poulie accroché au plafond qui aurait pour effet de relever le doigt, d’un savant jeu de cordes reliés entre les doigts qui aurait pour effet d’immobiliser le majeur ou, plus simplement, d’une cordelette rattachée au piano. Quoiqu’il en soit, et malgré le recours fréquent à ce type d’outil que l’on disait pédagogique au XIXème siècle pour « gagner » en virtuosité, il est clair qu’un tel dispositif ne présageait rien de bon pour la suite des opérations.

Ce qui sera confirmé assez vite par son utilisateur : Robert Schumann éprouvera, en effet, une certaine fragilité au niveau du majeur ainsi que de nombreuses complications, allant de l’inflammation à la perte de sensibilité, quand ce n’est pas tout simplement une perte de motricité. Malgré les remèdes d’usage, rien n’y fait. Une note de son journal mentionne que le majeur de la main droite est « raide », ce qui a pour effet de mettre fin à sa carrière de pianiste. Il avait alors 22 ans.

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Cet incident ne le découragera pas pour autant, puisqu’il composera par la suite un grand nombre de chefs-d’œuvre parmi lesquels l’air de l’Oiseau prophète, Scènes d’enfants op. 15, le Carnaval op. 9, ou bien encore, les Kreisleriana op. 16.

Clément Serrano

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