Répression en Iran : Un rescapé de Téhéran, témoin direct des exactions, brise le silence

MAHSA/MEI/SIPA

Les voix qui nous parviennent d’Iran aujourd’hui sont très rares. Les autorités privent depuis plusieurs jours la population d’accès à Internet. Les ONG dénoncent un « massacre à huis clos » et dénombrent déjà plusieurs milliers de morts parmi les manifestants, tués par les forces armées. C’est donc un témoignage précieux que nous vous proposons, celui d’un Iranien qui a réussi à fuir le pays avant-hier soir, témoin direct de la répression sanglante du régime.

« Tout individu présent dans les rues est considéré comme un criminel » : ce sont les mots du ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi. C’est le signe de la violence, de la répression, et de la volonté du régime des mollahs de se maintenir au pouvoir par la terreur, même s’il n’y aura « pas de pendaison aujourd’hui », comme l’a clamé ce ministre.

Donald Trump a annoncé que les tueries avaient pris fin, mais à quel prix ? À ce stade, près de 3500 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement le 28 décembre dernier, et on estime que plus de 10 000 Iraniens ont été emprisonnés.

Découvrez le témoignage en intégralité de cet habitant de Téhéran :

 

« Je fais partie des chanceux » nous glisse cet Iranien, dont nous tairons le nom, pour des raisons de sécurité. Il a fait jouer son réseau et payé un billet d’avion très cher – vingt fois le prix habituel. Mardi soir, il a donc fui Téhéran et la répression.

« Pour récupérer les corps, il faut payer, parfois l’équivalent d’un an de salaire »

« Je n’ai jamais vu ça. En Iran, on parle aujourd’hui de 12 à 15 000 morts. Juste en allant acheter des fruits l’autre jour, j’ai vu une douzaine de personnes se faire tuer. Je pense à un de mes collègues : il avait trois enfants, il les a tous perdus. Ils avaient 16, 20 et 23 ans. Certains parents retrouvent les corps de leurs enfants, d’autres non. Ils vont les chercher au cimetière où les cadavres arrivent en masse, dans les remorques des camions. Ils sont dispersés au sol… comme si c’était du sable. Et pour récupérer les corps, il faut payer. On paie en fonction du nombre de balles reçues par la victime. Si elle a reçu une balle, il faut payer l’équivalent d’un an de salaire minimum » témoigne-t-il.

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Les premiers jours, cet Iranien est allé manifester, avec des familles. Il y avait des poussettes dans les cortèges. Aujourd’hui, les parents ont peur. Ce sont surtout des jeunes qui manifestent, des femmes et des hommes, souvent âgés de 20 à 25 ans. « Ils continuent à manifester malgré les massacres. Parce qu’ils comptent sur le soutien de M.Trump : tout le monde espère que les Etats-Unis vont bombarder. Les jeunes Iraniens sont prêts à tout. Même à mourir, pour un changement de régime » poursuit-il.

Cet homme, lui, est en sécurité aujourd’hui, frustré d’être loin de chez lui mais soulagé de pouvoir enfin témoigner. Il espère retourner le plus tôt possible en Iran

Zoé Pallier

 

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