L’enlèvement de Nicolas Maduro, organisé par Donald Trump dans la nuit du 2 au 3 janvier, a plongé l’Amérique latine dans une profonde incertitude politique. Les relations entre les États-Unis et les pays latino-américains se tendent davantage. Invité de la matinale, Jean-Marc Laforêt, président de la Maison de l’Amérique latine, décrypte les enjeux et les répercussions de cette intervention, qui suscite l’inquiétude sur la scène internationale.
Interrogé sur l’intervention des États-Unis au Venezuela, Jean-Marc Laforêt se montre sans détour. À la question de David Abiker sur un retour aux méthodes des années 70-80, il répond : « La réponse est assez évidente, c’est oui. » Il précise : « Tout cela avait été annoncé par Donald Trump. L’opération a surpris, car elle a sidéré beaucoup de monde. » Selon lui, la stratégie américaine s’inscrit dans une volonté de reprendre le contrôle sur le continent latino-américain, un contrôle ébranlé depuis les attentats du 11 septembre 2001 : « Ils ont un peu desserré leur contrôle de la région et d’autres acteurs sont arrivés […]. En 25 ans, la Chine est devenue pratiquement le premier partenaire commercial de tous les pays d’Amérique du Sud. »
Pour Jean-Marc Laforêt, l’argument de la lutte contre le narcotrafic, ayant justifié l’enlèvement de Nicolas Maduro, est devenu un écran de fumée : « La drogue, d’argument, est devenue un prétexte. D’ailleurs, c’était assez confondant de voir qu’au même moment où Donald Trump disait mener ce combat au nom de la lutte contre le narcotrafic, il libérait un ancien président hondurien condamné par la justice américaine à 45 ans de prison pour s’être rendu complice de l’importation de 400 tonnes de cocaïne aux États-Unis. Ce n’est pas très sérieux. […] Le problème, c’est le pétrole. Ce n’est ni la démocratie ni le narcotrafic. »
Opposition vénézuélienne et calculs américains
L’analyse de l’ancien ambassadeur du Venezuela pointe la faiblesse de l’opposition vénézuélienne : « Donald Trump a considéré que Maria Corina Machado et ses amis de l’opposition, la frange la plus radicale, qui est très trumpiste, n’a pas les moyens de contrôler l’appareil d’État […]. Ma foi, si on pouvait arriver à faire faire le travail par ceux qui sont aux manettes, c’est encore mieux. » Il s’interroge sur la viabilité de cette stratégie : « Est-ce que ça va marcher ? C’est un peu sans précédent dans l’histoire où finalement vous demandez aux gens qui sont en place de changer de politique, de vous mettre dans la main de l’agresseur et de faire sa politique à lui. »
Parallèlement, la vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodriguez, apparaît comme une figure centrale : « elle connaît beaucoup de choses, […] elle a été une des responsables d’un début de redressement. » Mais son avenir à la tête du pays semble limité : « Si on respecte la constitution, Delcy Rodriguez ne peut rester que six mois. Trois mois renouvelables. »
Une Europe sous pression
L’avenir de Cuba préoccupe également l’invité de David Abiker : « Après le Venezuela, je pense que ce sera Cuba. C’est une obsession pour les Américains. Comment se fait-il qu’un petit pays de 10 millions d’habitants à 150 kilomètres des côtes américaines, résiste depuis 63-64 ans à un blocus ? » La situation économique de l’île pourrait se dégrader : « Donald Trump pourrait mettre dans ses exigences le fait d’arrêter d’aider Cuba. Dans ce cas, la situation deviendra très compliquée. »
Après avoir menacé de s’en prendre au dirigeant colombien Gustavo Petro, le président américain a finalement convié ce dernier à la Maison Blanche. Cette rencontre annoncée entre les deux chefs d’Etat est saluée par Jean-Marc Laforêt : « Je pense que c’est une bonne nouvelle, cette annonce des deux présidents, cette volonté de se rencontrer et de Gustavo Petro d’aller à Washington. »
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Le président de la Maison de l’Amérique latine évoque le rôle de l’Europe face aux grands blocs : « L’Europe va être confrontée de plus en plus à un dilemme, c’est un peu comme être une tranche de jambon dans un sandwich, coincée entre les États-Unis et la Chine. […] Il y a un intérêt objectif parce que l’Europe et l’Amérique latine s’unissent pour essayer d’offrir, non pas une voie opposée mais, une voie différente pour ne pas être soumis totalement soit à l’un soit à l’autre, et parfois aux deux même. »
Daphnée Cataldo
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