En visite en Azerbaïdjan, puis en Tchétchénie, Vladimir Poutine est allé jusqu’à embrasser le Coran devant les caméras. Simultanément, Volodymyr Zelensky a interdit les activités de l’Eglise orthodoxe russe sur le territoire ukrainien. Quel est le calcul du maître du Kremlin ?
C’est un geste inédit, impensable sous le règne des Tsars et inconcevable au temps de l’URSS : en déplacement en Tchétchénie pour resserrer les liens étroits qui unissent le régime islamiste de Ramzan Kadyrov et le Kremlin, Vladimir Poutine, auquel on présentait symboliquement un Coran richement enluminé, s’est soudain penché vers le Livre et l’a embrassé. L’image, diffusée à des fins de propagande par Kadyrov lui-même, a fait le tour du monde car non seulement Poutine se présente comme le champion de la foi orthodoxe, et non de l’islam, mais Kadyrov a fait de son pays un foyer de criminels djihadistes.
🇷🇺 Vladimir Poutine a embrassé le Saint-Coran lors de sa visite en Tchétchénie. (médias locaux) pic.twitter.com/3KFtpSJ2xv
— AlertesInfos (@AlertesInfos) August 21, 2024
Il ne faut pas oublier que la Russie compte près de 25 millions d’habitants musulmans, soit environ 15 % de la population de la Fédération. Il faut surtout ne pas perdre de vue que les « Kadirovtsy », les forces spéciales du chef tchétchène, soit plusieurs milliers d’hommes chargés de semer la terreur, s’est engagée dès le début de l’invasion de l’Ukraine dans un combat acharné contre l’armée ukrainienne ; trois fils adolescents de Kadyrov en faisaient partie.
Poutine a besoin des troupes tchétchènes
Or les troupes tchétchènes n’ont accompli aucun exploit ; Ramzan Kadyrov s’en est donc pris aux généraux russes en estimant que « les tactiques choisies en Ukraine sont trop lentes » et qu’il fallait utiliser l’arme nucléaire tactique. Pour finir, depuis le 6 août et l’avancée des Ukrainiens en territoire russe, les Kadirovtsy sont engagés dans la défense de Koursk. Poutine a grand besoin d’eux.
Tout cela intervient au moment même où Volodymyr Zelenski a pris une décision de rupture vis-à-vis de l’Eglise orthodoxe russe. Pourquoi cette rupture ?
Samedi 24 août, jour de la fête nationale, le président ukrainien a promulgué une loi qui interdit carrément l’Eglise orthodoxe ukrainienne (l’UOC), rattachée au Patriarcat de Moscou (UOC). Seule sera désormais autorisée l’Eglise orthodoxe d’Ukraine (l’OCU), reconnue autocéphale par les patriarcats de Constantinople et d’Alexandrie, ce qui a provoqué un schisme avec Moscou. Car le chef de l’Eglise orthodoxe russe, le patriarche Kyril, très proche de Vladimir Poutine, a béni et sanctifié l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Des flatteries adressées aux djihadistes et la manipulation de l’Eglise orthodoxe
Derrière ces querelles de chapelle, on trouve un grand enjeu de pouvoir : l’Eglise liée à la Russie compte toujours quelque 9.000 paroisses en Ukraine contre 8.000 à 9.000 paroisses pour sa rivale indépendante. 66% des orthodoxes ukrainiens sont favorables à l’interdiction de la branche moscovite et seulement 4 % acceptent le rattachement au patriarcat de Moscou. Certains prélats de l’Eglise rattachée à Moscou sont accusés de trahison et d’actes de collaboration, de trafic d’armes ou encore d’incitation publique à la haine religieuse.
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Entre les flatteries adressées aux djihadistes et les manipulations de l’orthodoxie, Vladimir Poutine a exploité le champ spirituel avec un tel degré de cynisme qu’il laissera la Sainte Russie assurément plus petite qu’il ne l’a trouvée.
Christian Makarian
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